RDC: la société civile appelle à des consultations pour élaborer des mesures correctives autour de la dotation de 0,3 % du chiffre d'affaires des entreprises minières aux communautés locales

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PAR Deskeco - 19 mar 2026 16:30, Dans Mines

Dans une lettre ouverte datant de 18 mars 2026 adressée à la ministre d’Etat en charge des Affaires sociales et au ministre  des Mines, des organisations de la société civile reconnaissent la nécessité impérieuse  d’améliorer la gestion de cette dotation  afin qu’elle contribue réellement au développement durable des communautés  vivant dans les  zones minières  suivant les motivations de son institution par le Code minier révisé de 2018 . Toutefois, elles expriment leurs "vives inquiétudes et  préoccupations" concernant le contenu  de ce projet de Directive complémentaire qui, pour eux, "loin de résoudre les  insuffisances constatées, risque d’instaurer de nouveaux obstacles opérationnels,  notamment par une centralisation accrue et un alourdissement du processus d’approbation des projets au niveau central". 

Et pour cause, "À l’instar de la Cour des Comptes, nos organisations ont identifié de nombreux  dysfonctionnements dans la gestion des fonds de cette dotation", a-t-on lu dans le document 

Qui précise:

"Il s’agit  notamment  de  la  désignation des représentants des services étatiques venant de Kinshasa pour siéger au sein des  organismes spécialisés locaux chargés de gérer les fonds de cette  dotation ,  de  l’allocation peu  rationnelle des fonds,  des retards dans l’approbation des projets  par le Comité de Supervision ,  du  non - respect des règles de passation des marchés publics".

Autres constats relevés : 

"l’insuffisance du contrôle de l’exécution des projets de  développement, la déconnexion de certains ouvrages réalisés vis - à - vis des outils de  planification locale des entités territoriales décentralisées (ETD) concernées, la faible  implication des autorités locales et des communautés dans la sélection des projets de  développement, etc".

Appel à la reforme des mécanismes de gestion des fonds de dotation de 0,3%

Pour ces organisations, 'Ces constats appellent à  la réforme des mécanismes de gestion des fonds  de cette dotation  pour renforcer  la transparence et la redevabilité, tout  en assouplissant et en décentralisant le  processus  d’approbation et de suivi des projets au niveau provincial validation. 

Ces structures considèrent aussi que "la centralisation excessive de la validation de ces projets au niveau national est contraire aux principes de la décentralisation en matière de développement local. Cette centralisation excessive est également contraire aux dispositions des articles 258 bis et  285 octies du Code minier révisé qui prévoient que cette dotation soit  directement gérée par les représentants des communautés et ceux de l’opérateur minier. A coup sûr, c ette logique de  centralisation affaiblira davantage l’action des organismes spécialisés,  ralentissant ainsi  le  processus de mise en œuvre des projets de développement communautaire au bénéfice des communautés".   

La société civile a décelé d'autres failles: "la création d’un Secrétariat technique permanent du Comité de supervision, doté de multiples cellules spécialisées, alourdira considérablement l’architecture institutionnelle et affaiblira le  principe de subsidiarité consacré par le Code minier. La taille disproportionnée de ce Secrétariat technique exercera une pression financière supplémentaire sur les frais de  fonctionnement de 4 % de la dotation réservés au Comité de supervision suivi. Cela risque de  réduire les moyens disponibles pour le contrôle effec tif de l’exécution des projets. En  multipliant  ainsi  les niveaux de validation et de contrôle, ces nouveaux  dispositifs peuvent éloigner davantage les communautés locales de la gestion de ces fonds et réduire  leur capacité à gérer directement les projets de développement communautaire".

 De plus, les organisations de la société civile estiment que la proposition faite dans ce projet de Directive de confier aux organismes spécialisés  la gestion des  infrastructures  et projets réalisés dans les divers secteurs (santé, éducation,  énergie, infrastructures, agriculture, etc.)  est "totalement contraire" aux principes de la  décentralisation qui placent les animateurs des entités territoriales décentralisées et les services spécialisés locaux au centre des initiatives de développement local et de gestion des projets et  infrastructur es y relatifs.

 "Cette  proposition nous semble très dangereuse et risque de dénaturer  la mission de ces organismes spécialisés qui consiste à gérer la dotation de manière participative  et communautaire, et non d’exploiter  ou de gérer les infrastructures publiques. À terme,  cette  proposition transformera ces organismes spécialisés  en établissements publics avec le risque  évident de générer des incohérences institutionnelles, des charges supplémentaires et des  dysfonctionnements dans la gestion des ouvrages réalisés", selon ces structures.

Elles avertissent que si ce projet de Directive complémentaire est adopté dans sa version actuelle, la validation des projets deviendra plus restrictive et soumise à des critères techniques , administratifs complexes  et compliqués. Ces exigences, loin de faciliter l’exécution des projets de risquent au contraire  de bloquer les ressources destinées aux populations  impactées  par les activités minières ,  compromettant ainsi l’objectif initial de la dotation  minimale  de 0,3 %  du chiffre d’affaires.

En conclusion, ces organisations de la société civile notent que le  contenu de ce  projet de Directive illustre  bien  le paradoxe d’une reforme censée rapprocher la  gouvernance des communautés et simplifier les mécanismes de validation des projets, mais  qui, en pratique, crée de nouveaux obstacles et éloigne la gestion de son objectif initial. Cette orientation, dénoncent ces organisations, s’écarte totalement de l’esprit participatif et décentralisé du Code minier révisé de 2018, qui reconnaît l’opérateur minier et les communautés locales comme principaux,  sinon  seuls  gestionnaires des  fonds  de la dotation. 

Appel aux consultations inclusives et transparentes Gouvernement, Chambre des Mines et Organisations de la société civile pour élaborer des mesures correctives

Les organisations membres de la Coordination sont d’avis que l’adoption d’une  Directive  complémentaire  et le  rôle conféré au  Secrétariat technique  du Comité de supervision sont inopportuns et ne résoudront pas les dysfonctionnements décrits ci - dessus. Elles  recommandent  plutôt  "la révision du Manuel des procédures et de gestion de la dotation et du règlement  intérieur du Comité de supervision  pour les conformer à l’esprit et à la lettre des dispositions du Code minier révisé".

En conséquence,  les organisations  membres de la Coordination exhortent les deux membres du gouvernement à "engager des consultations inclusives et transparentes, réunissant toutes les parties  prenantes ( gouvernement, chambre des Mines et organisations de la société civile) pour élaborer des mesures correctives  au Manuel des procédures et de gestion  des fonds de la dotation minimale de 0,3% du chiffre d’affaires". 

Selon elles, "ces mesures correctives doivent être conformes aux dispositions du Code minier  révisé  et  au consensus trouvé entre ces parties lors  des travaux de révision du Règlement minier en avril  2018.  Elles doivent également consacrer  la décentralisation au niveau provincial et local du processus de validation des projets de  développement , en laissant au gouvernement  central les soins d’assurer le contrôle de la  gestion  des fonds et  de  l’exécution des projets. A cet effet, le modèle du processus de validation et de  contrôle de l'exécution des projets du cahier des charges de responsabilité sociétale des  entreprises minières devrait inspirer les réformes à entreprendre sur la gestion des fonds de la  dotation minimale de 0,3%  du chiffre d’affaires" . 

En appelant à ces consultations, les organisations membres de la Coordination  considèrent  que  "seule  l’approche concertée et respectueuse de principes de subsidiarité permettra de préserver  l’autonomie des communautés locales, de renforcer la confiance des acteurs et d’assurer que la  dotation minimale de 0,3  % du chiffre d’affaires serve effectivement de  levier de  développement communautaire inclusif et durable dans les zones minières".  

Font partie de signataires de cette lettre ouverte, Maître Jean Keba, Maitre Jean Pierre Okenda et Docteur Joseph Cihunda.

Bienvenu Ipan

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