Depuis quelques mois, la démolition des constructions anarchiques à Kinshasa avait suscité beaucoup d’espoir. Cette opération avait notamment permis la réhabilitation de certaines routes, la construction de ponts et une légère diminution des embouteillages dans plusieurs artères de la capitale. Cependant, dans certains coins de la ville, la situation semble avoir pris une tournure inattendue, voire préoccupante.
Au rond-point Ngaba, carrefour stratégique reliant plusieurs axes importants, les espaces autrefois libérés à la suite des démolitions sont aujourd’hui occupés par des dépôts de marchandises et des marchés pirates. Des vendeurs y étalent leurs produits à même le macadam, transformant ces lieux en véritables centres de commerce informel.
Pour ces commerçants, cette occupation est avant tout une question de survie et l’absence de marché.
« Nous n’avons pas de marché ici au rond-point Ngaba. C’est pour cette raison que nous vendons dans cet espace laissé à l’abandon. Nous voyons le marché de la Liberté réhabilité, tout comme le Marché central. Mais à quand un marché au rond-point Ngaba ? Ce n’est pas de notre faute. Le gouvernement doit prendre les mesures nécessaires pour mettre fin à cette situation », a déclaré papa Antoine, vendeur de sacs de braises.
Même son de cloche chez Nadine Sumbu, vendeuse de légumes, qui affirme que la vente est plus fluide sur la chaussée que dans les avenues environnantes.
« Nous savons que c’est risqué, mais nous n’avons pas d’autre choix. Ici, les clients passent facilement, car ils n’aiment pas se salir les pieds. Sur les avenues, les routes sont en mauvais état et les gens évitent d’y entrer. Pourtant, nous payons des taxes chaque jour, sans savoir où va cet argent, car depuis des années, il n’y a aucune évolution, aucun marché construit pour nous. »
Une source majeure d’embouteillages
Cette occupation anarchique des emprises publiques constitue-t-elle l’une des causes principales des embouteillages à Kinshasa ? Pour de nombreux usagers de la route, la réponse est évidente. Blanchard Ngoma, chauffeur de transport en commun, dénonce l’absence de suivi des autorités après les opérations de démolition.
« Nous parlons souvent des embouteillages à Kinshasa, mais que fait réellement le gouvernement pour y remédier ? Ici sur la route By-pass, le macadam est encerclé par les vendeurs. Au lieu d’utiliser deux bandes à l’aller et deux au retour, nous sommes obligés d’emprunter une seule bande dans les deux sens. À cela s’ajoutent les camions-remorques stationnés sur la chaussée pour décharger leurs marchandises. Dans ces conditions, il est impossible d’espérer une réelle réduction des embouteillages. »
Face à cette réalité, la reconquête de l’espace public à Kinshasa apparaît inachevée. Si les opérations de démolition ont permis de libérer certaines artères et d’améliorer temporairement la circulation, l’absence de solutions durables pour les commerçants affectés favorise la réoccupation anarchique des sites dégagés. Sans la construction de marchés de proximité, une meilleure organisation du commerce informel et un suivi rigoureux des décisions prises, les efforts consentis risquent de rester vains.
Divine Mbala