Devenue directrice des enquêtes pour la Plateforme de protection des lanceurs d’alerte en Afrique (PPLAAF), Sonia Rolley, ancienne journaliste pour l’agence Reuters, se fixe comme priorité « d'exposer les crimes économiques, les crimes contre l'humanité et les crimes environnementaux les plus graves qui se déroulent aujourd'hui sur le continent africain ». Elle l’a déclaré à Deskeco.com ce lundi 5 janvier 2026, juste après l’annonce de sa nomination sur son compte X.
« Pour cela, on a besoin de toutes les bonnes volontés de ceux qui, au sein des organisations, institutions ou des entreprises, voient ces crimes se passer. Qu’ils osent, aient le courage de contacter une organisation comme PPLAAF qui a aujourd'hui l'expertise et les moyens de les protéger et de faire le maximum pour que leurs révélations aient un impact », a-t-elle renchéri.
Un défi majeur : garantir la sécurité des lanceurs d’alerte
Pour Sonia Rolley, la sécurité des lanceurs d’alerte reste un défi majeur dans le contexte africain.
« La première des sécurités pour le lanceur d'alerte, c'est d'abord l'anonymat. Tant que ce dernier n’est pas en sécurité, il n’y a pas de révélations publiques. Finalement, l’environnement est toujours hostile quand on dévoile les crimes commis par des personnalités fortunées ou politiquement connectées », confie-t-elle.
Elle se montre toutefois optimiste, dans la mesure où les démarches de la plateforme auprès des gouvernements commencent à porter leurs fruits.
« Il y a de plus en plus de pays africains qui adoptent des législations pour protéger les lanceurs d’alerte », dit-elle.
Un esprit rigoureux et engagé au service de la vérité
« Sonia se distingue avant tout par une rigueur intellectuelle et professionnelle remarquable. C’est une personne profondément sérieuse, engagée et passionnée par son travail. Ce qui m’a toujours marqué chez elle, c’est le temps qu’elle consacre aux enquêtes, la profondeur de son engagement et cette détermination constante à faire éclater la vérité », a réagi Jimmy Kande, directeur exécutif de PPLAAF, interrogé par Deskeco.
Selon lui, Sonia Rolley se caractérise par des enquêtes qui produisent « des effets concrets au sein des communautés, sans jamais céder au parti pris ».
Son arrivée à la tête de la direction des enquêtes de PPLAAF va permettre de produire des enquêtes solides issues des révélations de lanceurs d’alerte, selon Jimmy Kande.
Un parcours riche au service de l’Afrique
Née en France en 1980, Sonia Rolley a commencé à travailler comme correspondante au Rwanda en 2004, pour Radio France internationale (RFI) et l’Agence France-Presse (AFP). Elle a également travaillé comme correspondante au Tchad et en République démocratique du Congo, entre 2004 et 2022. En 2022, elle rejoint l’agence Reuters, où elle a travaillé jusqu’en 2025. Elle a aussi travaillé comme conseillère pour ACTUALITE.CD, média dont dépend exclusivement Deskeco.com.
Sa connaissance des rouages politiques et institutionnels en Afrique est perçue comme un atout majeur dans la dénonciation des crimes et la protection des lanceurs d’alerte.
PPLAAF est une plateforme qui protège les lanceurs d’alerte en Afrique et qui mène des enquêtes majeures d’intérêt public. Les plus connues de ces dix dernières années auxquelles la plateforme a contribué sont notamment « Congo Hold-up », « Luanda Leaks », « Gupta Leaks » et « Lumumba Papers », où de vastes réseaux de corruption et des crimes économiques à grande échelle ont été dévoilés.
« Ces révélations ont eu un impact réel. Des enquêtes judiciaires ont été ouvertes dans plusieurs pays. Surtout, elles ont redonné une voix à celles et ceux qui risquaient tout pour dire la vérité. Et ce n’est que le début », a écrit Sonia Rolley sur son compte X.