« Prioriser la transformation locale et la gouvernance » : les attentes d’un expert pour la stratégie congolaise sur les minerais critiques

Philippe Masudi, Spécialiste Resource matters
Philippe Masudi, Spécialiste Resource matters
PAR Deskeco - 14 jan 2026 12:22, Dans Mines

Les mercredi 7 et jeudi 8 janvier 2026, le ministère des Mines a lancé un atelier de validation du projet de stratégie nationale sur les minéraux et métaux critiques, à Lubumbashi, dans le Sud-Est de la République démocratique du Congo (RDC). La stratégie suscite beaucoup d’attentes pour le secteur minier, sur tous les plans. L’idéal serait d’arriver à la transformation locale de ces minerais avant leur exportation. Y parvenir devrait permettre au pays de capter tout son potentiel économique, pour un développement durable. Qu’attendre encore de la prochaine stratégie si elle venait à être adoptée ?

Une vision claire et souveraine

« La stratégie doit montrer une vision claire et souveraine de la RDC sur ses minéraux critiques », indique Philippe Masudi, assistant Industries Extractives et Minerais stratégiques chez Resource Matters, interrogé par Deskeco. Selon lui, « elle doit définir clairement la liste des minerais stratégiques pour la RDC (cuivre, cobalt, lithium, manganèse, nickel, terres rares, etc.) et montrer comment le pays va dépasser le modèle de simple exportation des matières premières », précise-t-il.

La stratégie devra également « améliorer la captation des revenus publics, renforcer la gouvernance du secteur et assurer une meilleure coordination institutionnelle ».

« Elle doit intégrer des mesures efficaces de protection de l’environnement et des communautés locales affectées, tout en promouvant le développement des compétences nationales et la création d’emplois locaux. Elle devra positionner la RDC comme un acteur clé des chaînes de valeur mondiales et de la transition énergétique, tout en contribuant à la sécurité nationale à travers une gestion stratégique de ces minéraux critiques », dit Philippe Masudi.

L’idéal, selon lui, est que la RDC sorte du modèle d’exportation des minerais bruts pour aller vers la transformation locale, la création de valeur ajoutée et d’emplois ; qu’elle renforce la gouvernance du secteur, augmente les recettes publiques, protège l’environnement et les communautés locales, et se positionne comme un acteur industriel crédible de la transition énergétique mondiale.

Attractivité et souveraineté économique

Certes, la stratégie va permettre de capter davantage de valeur ajoutée grâce à la transformation locale et d’augmenter les revenus publics, de créer des emplois et de mieux intégrer le pays dans les chaînes de valeur mondiales de la transition énergétique. Cela passe par l’attractivité des investisseurs et la souveraineté économique du pays, estime Philippe Masudi, qui insiste sur des mesures pour améliorer le climat des affaires en RDC.

Un retard aux multiples causes

La stratégie aurait dû être mise en place dès l’adoption du code minier révisé de 2018. Cela n’a pas été le cas, malgré de multiples tentatives ces dernières années.

Selon Philippe Masudi, plusieurs contraintes justifient ce retard, notamment « l’absence d’une vision nationale claire : la RDC n’avait pas encore élaboré une vision claire / son plan de vol sur ses substances minérales stratégiques/critiques ; une faiblesse de coordination institutionnelle : une bonne stratégie nécessite l’implication de plusieurs ministères sectoriels. Les différents ministères impliqués ont pris du temps pour une action coordonnée, chacun travaillant en solo ; ainsi que le manque de priorisation de la stratégie comme instrument urgent et nécessaire de gestion des minerais critiques ».

Dans son livre blanc publié en décembre 2025, l’ONG Resource Matters avait appelé le gouvernement à s’inspirer du modèle de la Zambie ou du Chili pour parvenir à mettre en place une stratégie.

« La Zambie a développé une stratégie exclusivement dédiée au cuivre, visant à tripler sa production pour atteindre 3 millions de tonnes d’ici 2031. Le Chili, premier producteur mondial de cuivre, a quant à lui mis l’accent sur le lithium, jugé plus stratégique pour l’avenir immédiat de sa politique énergétique », écrivait Resource matters.

Articles similaires