La lettre économique quotidienne de DESKECO.COM
Londres et Kinshasa approfondissent leur partenariat économique
Le Royaume-Uni a multiplié les signaux en direction de la RDC ce mois-ci, avec trois annonces majeures portant sur le commerce, l'agro-industrie et le financement des PME.
Le 4 mars, Kinshasa et Londres ont lancé officiellement la Chambre de Commerce UK-RDC, en présence du Commissaire adjoint au commerce de Sa Majesté pour l'Afrique, Ben Ainsley, et du ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya. La structure offre une plateforme d'accueil aux entreprises britanniques souhaitant s'installer en RDC, et connecte les opérateurs congolais à un écosystème mondial de chambres de commerce, notamment via le Developing Countries Trading Scheme.
Le même jour, la baronne Jenny Chapman a confirmé la signature d'un accord de 2,9 millions de livres sterling entre Londres et la Société financière internationale (IFC), ciblant les entreprises agroalimentaires — en particulier celles dirigées par des femmes. Le programme prévoit le développement de produits de crédit et d'épargne, une formation financière pour au moins 300 PME féminines, et la mobilisation de jusqu'à 150 millions de dollars en crédit-bail pour soutenir 5 000 agriculteurs.
Troisième volet : British International Investment (BII) a investi 25 millions de dollars dans Rawbank, dans le cadre d'un mécanisme de partage des risques de 100 millions de dollars piloté par l'IFC. L'objectif est d'encourager les investissements dans les PME hors secteur minier. Ben Ainsley a souligné, lors de l'événement, la nécessité de diversifier l'économie congolaise pour assurer une croissance durable. Ce partenariat s'inscrit dans la continuité de l'investissement britannique de 14 millions de livres dans le projet Moyi Power, destiné à connecter jusqu'à 700 000 personnes dans le nord de la RDC à une énergie propre.
Dotation minière de 0,3 % : Kinshasa passe en revue ses organismes de gestion
Le gouvernement a lancé ce vendredi à Kinshasa un atelier d'évaluation des organismes chargés de gérer la dotation de 0,3 % du chiffre d'affaires des entreprises minières affectée au développement communautaire. La cérémonie a été coprésidée par la ministre d'État aux Affaires sociales, Eve Bazaiba Masudi, et le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba.
L'atelier, qui court jusqu'au 16 mars, réunit les membres des Organismes spécialisés de gestion (OS-DOT) et les experts du Comité de supervision. Il vise à dresser un bilan avant la mise en place de nouveaux mandats.
Le tableau de bord à ce jour : 46 organismes installés dans cinq provinces, Haut-Katanga, Lualaba, Haut-Uélé, Kasaï Oriental et Nord-Kivu, dont 43 opérationnels. Sur 485 projets approuvés : 222 achevés, 169 en cours, 41 en passation de marchés, 53 restant à lancer. Le ministre des Mines a appelé à une évaluation rigoureuse, sans complaisance, pour identifier les blocages et proposer des réformes.
Une raffinerie d'or inaugurée à Kalemie
La RDC a franchi un cap dans la transformation locale de ses ressources avec l'inauguration, mercredi, de la raffinerie DRC Gold Refinery SA à Kalemie, en province du Tanganyika. Portée par DRC Gold Trading SA en partenariat avec Lunga Mining SARL, l'installation a été inaugurée par la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, en présence des ministres du Plan et des Mines.
La ministre a insisté sur l'enjeu : valoriser les actifs publics, renforcer la gouvernance des entreprises d'État et encourager les partenariats stratégiques. Pour Julie Shiku, cette raffinerie est « une étape importante dans la structuration de la filière aurifère nationale ».
Port sec de Kwala : la RDC signe avec Boston Developers Limited
La RDC a conclu un accord de concession avec Boston Developers Limited pour le développement du port sec de Kwala, en Tanzanie. L'infrastructure est conçue pour désengorger le port de Dar es Salaam, fluidifier les procédures douanières et accélérer le traitement des marchandises à destination du marché congolais.
Le PDG de Boston Developers, Nilax Bhatt, a défini l'ambition du projet : faire de Kwala « une plateforme logistique de classe mondiale », maillon stratégique entre l'Afrique de l'Est et l'Afrique centrale. Il a salué le rôle des équipes techniques congolaises et tanzaniennes dans la concrétisation de l'accord.
PDDRCS : 5 000 combattants réinsérés sur fonds propres, une première
Pour la première fois de son histoire, la RDC a financé sur fonds propres la réinsertion socioéconomique de 5 000 combattants au Nord et au Sud-Kivu, via le Programme de désarmement, démobilisation, réinsertion communautaire et stabilisation (P-DDRCS). Le coordonnateur national, le professeur Jean de Dieu Désiré Ntanga Ntita, l'a annoncé lundi lors d'un briefing du ministre de la Communication.
« Généralement, ce sont les partenaires extérieurs qui financent la réinsertion », a-t-il rappelé, soulignant le caractère inédit de l'opération. Le programme prévoit une formation qualifiante en agriculture, coopérative et entrepreneuriat, sur la base d'un protocole d'accord signé avec le ministère de la Formation professionnelle. Le PDDRCS est par ailleurs expressément mentionné dans les accords de Washington comme vecteur de stabilisation communautaire.
Kolwezi : l'ONG IPDHOR alerte sur les risques ferroviaires à Musompo
L'Initiative pour la protection des droits de l'Homme et la réinsertion sociale (IPDHOR) tire la sonnette d'alarme sur les dangers liés à l'intensification du trafic ferroviaire dans la zone de Musompo, à Kolwezi. Depuis l'installation d'un entrepôt logistique par la société Impala, les trains circulent quotidiennement, sans que les mesures de sécurité aient été adaptées.
L'organisation cite notamment une collision mortelle entre une moto et un train au passage à niveau d'Arcadia en décembre 2025, et d'autres incidents évités de justesse. L'ONG demande à la SNCC de sécuriser les passages à niveau, aux autorités provinciales de réhabiliter les routes concernées, et à Impala d'assumer sa responsabilité sociétale. Elle prévient que le développement du Corridor de Lobito va encore accroître le trafic dans la région, rendant urgente une réponse coordonnée.
Le chiffre du soir
1 649 milliards de CDF: C’est le montant des recettes publiques mobilisées par les régies financières en base mensuelle, selon la Banque centrale du Congo. Contre 1 999 milliards de dépenses sur la même période. Sur les cinq premiers jours de mars, l'écart s'est encore creusé : 132 milliards de recettes pour 416 milliards de dépenses. La DGI reste la première régie avec 792,3 milliards de CDF.
En bref : le pétrole à 85,83 dollars
Le baril de pétrole a atteint 85,83 dollars au 5 mars 2026, selon la BCC — soit une hausse hebdomadaire de 21,2 %, portée par les perturbations logistiques dans le détroit d'Ormuz. En glissement annuel, la progression atteint 17,9 %.
Rappel fiscal
La DGI rappelle que les déclarations de février 2026 (IRPP, TVA, prélèvements sur expatriés, prestataires et capitaux mobiliers non-résidents) sont attendues au plus tard le lundi 16 mars, le 15 mars tombant un dimanche.
À surveiller demain
L'atelier sur la dotation de 0,3 % se poursuit jusqu'au 16 mars, les premières recommandations sur la gouvernance des organismes spécialisés sont attendues en fin de session. La table ronde du ministère du Plan pour le financement du deuxième recensement général de la population (RGPH-2) mérite également un suivi : quarante-deux ans après le dernier recensement, les données issues de cet exercice structureront la planification publique pour les décennies à venir.
Le mot de la rédaction
Entre les signaux britanniques, la raffinerie de Kalemie, le port sec tanzanien et la réinsertion financée sur fonds propres, ce vendredi résume une ambition récurrente : celle d'une RDC qui ne veut plus simplement extraire, mais transformer, intégrer et financer. Le chemin reste long. Mais les jalons, eux, s'accumulent.
DESKECO.COM-La rédaction