Le gouvernement congolais s’apprête à durcir le ton contre la mauvaise gestion des projets publics. Un décret en préparation, annoncé par le ministre des Finances et attendu à la signature de la Première ministre, prévoit d’exclure définitivement du secteur public tout gestionnaire reconnu coupable de fautes dans la conduite des projets gouvernementaux.
Réagissant à cette annonce, Martin Milolo coordonnateur du Forum citoyen, salue une initiative qui pourrait marquer un tournant dans la gestion des ressources publiques.
« Nous saluons l’annonce d’un projet de décret visant à rationaliser et assainir la gouvernance publique, particulièrement la gestion des projets financés par le Trésor public. Cette mesure pourrait constituer une dissuasion et promouvoir l’éthique chez les personnes chargées de gérer les programmes et projets publics », a-t-il déclaré dans une interview accordée à Deskeco.com.
Selon lui, cette réforme apparaît comme une lueur d’espoir après plusieurs années marquées par une gestion défaillante des projets publics, souvent entachée de corruption, de détournements de fonds et de surfacturations. Des dérives qui ont, à maintes reprises, empêché les projets financés par le gouvernement ou ses partenaires d’atteindre les résultats escomptés sur le terrain.
Toutefois, cet acteur de la société civile insiste sur la nécessité d’impliquer les organisations citoyennes dans l’élaboration du texte. Il estime qu’une concertation permettrait notamment de clarifier la notion de « gestionnaire fautif » et d’adapter le décret aux réalités actuelles, caractérisées par de nouveaux défis liés à la qualité des livrables issus des projets publics.
En ce qui concerne la portée réelle de cette initiative, ce cadre de la société civile considère qu’il s’agit « d’un pas dans la bonne direction, mais beaucoup reste à faire. Disposer d’un texte est une chose, le mettre en œuvre en est une autre. Les autorités sont parfois promptes à annoncer des réformes sans en garantir l’effectivité », souligne-t-il. Il insiste sur l’importance d’une volonté politique réelle et sur le rôle de la société civile dans le suivi de la mise en œuvre du futur décret.
Parmi les principaux obstacles identifiés, il cite les interférences politiques et la corruption, qu’il considère comme des freins majeurs à l’application effective de cette mesure. Selon lui, la gestion des projets publics est souvent influencée par des considérations politiques au détriment des compétences techniques, favorisant des pratiques telles que les rétrocommissions et autres arrangements informels.
Pour renforcer l’efficacité de cette réforme, il recommande d’élargir les sanctions non seulement aux gestionnaires fautifs, mais aussi à leurs complices et aux personnes politiquement exposées impliquées dans les malversations.
« Les gestionnaires ne sont pas toujours seuls. Il est important que la mesure prenne en compte l’ensemble des acteurs impliqués », a-t-il ajouté.
S’agissant de l’impact attendu, Martin Milolo estime que ce décret pourrait contribuer à restaurer la confiance des bailleurs de fonds et améliorer la qualité de la gestion des projets publics. Il met toutefois en garde contre le risque d’un relâchement une fois la pression des partenaires techniques et financiers atténuée.
Pour garantir la durabilité de cette réforme, il plaide en faveur d'une collaboration étroite entre le gouvernement, la société civile et la justice. Une approche qu’il juge essentielle pour assurer l’effectivité de la mesure et produire un impact réel et durable sur la gouvernance des projets publics en République démocratique du Congo.
Divine Mbala