RDC : selon Christophe Bitasimwa, les missions d’audit lancées sur les revenus miniers se poursuivent encore et les conclusions sur la part réelle de l’État seront établies

Le siège de l'IGF à Kinshasa
Le siège de l'IGF à Kinshasa
PAR Deskeco - , Dans Finances

 

Lancé en juin dernier, le vaste audit des revenus miniers conduit par l’Inspection générale des finances (IGF) n’a pas encore livré ses conclusions. Près de trois mois après le déploiement de ses équipes, la mission se poursuit dans plusieurs entités publiques et privées du secteur extractif. L’objectif reste de vérifier si les revenus générés par l’exploitation minière sont correctement déclarés et si les montants dus à l’État sont effectivement versés.

L’opération a été officiellement lancée le 4 juin 2026. Elle mobilise 118 inspecteurs des finances auprès de près de 200 entités publiques et privées à travers le pays. Selon l’IGF, cette mission découle des résolutions de la 87ᵉ réunion du Conseil des ministres et constitue le principal axe de la deuxième vague de missions de contrôle de l’exercice 2026.

Interrogé sur l’état d’avancement de cette opération, Christophe Bitasimwa, inspecteur principal de l’IGF, a indiqué que les investigations sont toujours en cours. 

« Nous avons lancé dernièrement une mission d’envergure dans le secteur minier, effectivement, cette mission est encore en cours d’ailleurs pour le moment », a-t-il déclaré.

Pour l’IGF, cette mission répond à une préoccupation suivante : l’augmentation de la production minière congolaise se reflète-t-elle réellement dans les recettes perçues par l’État ? Christophe Bitasimwa explique que le constat à l’origine de l’audit est que la production minière progresse, alors que les recettes provenant du secteur ne suivent pas nécessairement la même évolution.

Les inspecteurs cherchent donc à vérifier, auprès de différents acteurs concernés, si les entreprises minières s’acquittent correctement de leurs obligations envers l’État. Le contrôle porte ainsi sur les revenus issus de l’exploitation minière et sur les mécanismes permettant leur déclaration, leur liquidation et leur perception.

L’enjeu est important pour les finances publiques. Selon les données de l’ITIE-RDC, le secteur minier a généré 5,61 milliards de dollars de revenus en 2023, sur un total de 5,85 milliards de dollars pour l’ensemble du secteur extractif. Les données disponibles indiquent également une forte progression de la production de plusieurs minerais. En 2023, la production de cuivre a atteint environ 2,8 millions de tonnes, tandis que celle du cobalt s’est établie à près de 140 000 tonnes.

Cette évolution explique en partie l’attention portée par les pouvoirs publics à la mobilisation des recettes minières. Mais l’IGF veut aller au-delà de seuls chiffres de production. Il s’agit de confronter les données disponibles avec les paiements effectivement réalisés et de rechercher d’éventuels écarts dans la chaîne des revenus publics.

Cette question n’est pas nouvelle dans le débat sur la gouvernance minière en RDC. En mai dernier, le Centre Carter avait également appelé à renforcer l’audit des recettes minières, en évoquant notamment le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation, la gouvernance des coentreprises minières et la gestion des actifs miniers de l’État.

L’issue de la mission de l’IGF est donc particulièrement attendue. Pour le moment, aucun bilan n’a encore été rendu public concernant les éventuels écarts constatés, les entreprises concernées ou les montants supplémentaires que l’État pourrait être appelé à recouvrer. L’inspecteur principal Christophe Bitasimwa assure toutefois que les résultats seront connus « incessamment».

L’audit des revenus miniers reste par ailleurs distinct du futur contrôle systémique que l’IGF entend progressivement mettre en place. Christophe Bitasimwa précise que la mission actuellement menée dans le secteur minier relève encore du contrôle traditionnel. Le nouveau dispositif nécessite encore la mise en place des infrastructures et des outils nécessaires avant le lancement des contrôles tests prévu pour 2027.

Jean-Baptiste Leni

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