Les entreprises congolaises captent désormais, sur papier, l'essentiel des marchés de sous-traitance en RDC. Mais ce chiffre masque une réalité moins flatteuse. Invité mardi 20 octobre du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala, le directeur général de l'Autorité de régulation de la sous-traitance dans le secteur privé (ARSP), Ted Beleshayi Kasanda, a livré un état des lieux du secteur. Il a aussi annoncé une offensive prochaine contre la pratique très répandue des prête-noms.
Des capitaux qui repartaient avec les investisseurs
Le DG de l'ARSP a d'abord défini la sous-traitance comme l'ensemble des activités connexes et annexes qui gravitent autour d'une activité principale. Pendant longtemps, a-t-il expliqué, les capitaux investis dans les grandes entreprises ne profitaient guère à l'économie nationale. Les investisseurs étrangers arrivaient avec leurs propres sociétés de prestations et de fournitures. Celles-ci captaient une large part de l'argent investi avant de repartir.
« Une entreprise qui investit, par exemple, dans le secteur minier, à terme, va nous laisser les trous », a-t-il résumé. Selon lui, les sociétés étrangères qui ont profité de ces investissements finissent elles aussi par quitter le pays avec leurs gains. La régulation vise donc à s'appuyer sur les secteurs porteurs pour diversifier et industrialiser l'économie congolaise.
Trois critères pour accéder aux marchés
Pour soumissionner à un marché de sous-traitance, la loi impose trois conditions d'éligibilité. L'entreprise doit être de droit congolais, à capitaux majoritairement congolais, et promue et dirigée par des Congolais. Elle doit en outre détenir une attestation délivrée par l'ARSP avant qu'une entreprise principale ne lui confie un marché.
Interrogé sur l'étendue exacte des pouvoirs de son institution, le DG a renvoyé à la loi de 2017, modifiée le 30 juin 2026, qui encadre l'ensemble de ces matières. Il a invité les auditeurs à la consulter sur le site internet de l'Autorité.
Une quête de souveraineté économique depuis 1960
Ted Beleshayi a inscrit son action dans une perspective historique. Selon lui, la RDC court depuis l'indépendance derrière un objectif : reconquérir sa souveraineté économique. À l'accession à la souveraineté internationale, a-t-il rappelé, les responsables politiques se sont précipités sur les postes. La question du sort des actifs détenus par les intérêts belges, comme ceux de l'Union minière du Haut-Katanga devenue Gécamines, n'a jamais été tranchée.
Plusieurs dirigeants ont ensuite tenté de rattraper ce retard, notamment le président Mobutu avec la zaïrianisation, sans succès. Pour le DG, la loi sur la sous-traitance offre une nouvelle chance de sortir d'une économie extravertie héritée de la colonisation. L'enjeu est aussi générationnel.
« Les ressources minières sont épuisables », a-t-il insisté.
Faute de diversification à partir de l'argent investi dans les mines, a-t-il averti, les générations futures n'hériteront « que de trous ».
83 % des contrats, sur papier, à des sociétés congolaises
Le DG a ensuite livré des chiffres pour 2025, en précisant qu'ils reposent sur les déclarations des entreprises : 167 grandes entreprises ont déclaré 3,7 milliards de dollars de contrats de sous-traitance, 3,1 milliards de dollars, soit 83 %, sont allés à des sociétés à capitaux majoritairement congolais, environ 600 millions de dollars ont bénéficié à des sociétés qui ne remplissent pas les critères d'éligibilité, le secteur minier pèse à lui seul 2,9 milliards de dollars sur ces 3,1 milliards. L'ARSP entend désormais étendre l'obligation de déclaration aux télécommunications, aux BTP, à l'énergie et aux services.
Le fléau des prête-noms
Le DG a toutefois nuancé lui-même ces résultats.
« Quand je dis des sociétés majoritairement congolaises, c'est sur papier », a-t-il reconnu.
Derrière une partie de ces entreprises conformes se cachent des montages où des Congolais servent de façade à des intérêts étrangers. Ted Beleshayi a qualifié cette pratique de très répandue et annoncé que l'ARSP s'y attaquera « bientôt ». Il n'a pas précisé les moyens ni le calendrier de cette action.