La publication d’une mercuriale nationale des loyers a été présentée mardi à Kinshasa comme une nécessité pour lutter contre la flambée incontrôlée des prix en République démocratique du Congo, en général, et en particulier dans la capitale. L’Association des locataires du Congo (Assoloc) a mené ce plaidoyer lors d’un atelier organisé dans le but d’instaurer une transparence sur le marché immobilier et de protéger le pouvoir d’achat des locataires.
« Nous plaidons pour la publication d’une mercuriale nationale des loyers, afin de fixer les plafonds et planchers. Cela, en vue de lutter contre la flambée des prix et les abus des bailleurs », a déclaré Marly Kanzu, porte-parole des participants à cet atelier.
Les participants ont sollicité aussi la "digitalisation de la procédure de bail, afin d’identifier tous les contrats et éviter les fraudes". Ils ont, par ailleurs, demandé la mise en place d’un numéro vert national pour dénoncer les abus. À cela s’ajoute une campagne nationale de sensibilisation, assortie d’un moratoire de trois mois, pour informer chaque citoyen de ses droits et obligations. À cet effet, Trésor Malula, cadre à la direction de l’habitat dans la commune de Ngaliema, a rappelé que la loi congolaise n°15/025 sur les baux à loyer fixe la caution à trois mois de garantie locative pour les habitations. Les bailleurs, eux, ont fait de cette disposition un chiffon de papier. Cinq mois, six mois, sept mois, huit mois, neuf mois, parfois dix mois de garantie locative sont exigés, en toute impunité.
Pour les familles modestes, c’est un gouffre sans fond : des foyers se disloquent, des couples se ruinent, et des milliers de Congolais dorment sous la menace de l’expulsion. Pour M. Malula, "la question du logement n’est pas une affaire domestique : elle touche à la dignité humaine, à la stabilité familiale, et même à la paix sociale".
« Chaque famille sans toit est une plaie ouverte dans le tissu national. Le gouvernement doit donc entendre ce cri d’un peuple qui s’étouffe sous les loyers », a-t-il dit, avant de préciser que la population ne demande pas de logements gratuits, mais le respect minimal des lois existantes, une justice sociale élémentaire.
Pour sa part, Jean-Michel Eyenga, membre fondateur de l’Association des locataires du Congo (Assoloc), a fait savoir que la balle est désormais dans le camp du ministère de l’Urbanisme et Habitat. Le pays n’a pas besoin d’une nouvelle loi, mais de l’application stricte de celle qui existe depuis 2015. « Appliquer la loi, c’est protéger les familles, c’est restaurer la confiance, c’est renforcer la nation », a soutenu M. Eyenga.
Il a indiqué que l’encadrement des prix signifie fixer des loyers de référence par zone géographique et par catégorie de logement pour limiter la spéculation et les augmentations injustifiées.
Selon lui, une sécurité juridique devrait servir de base légale pour le calcul des loyers, l’enregistrement des contrats et la lutte contre la fraude.
Il a sensibilisé les participants sur la protection des locataires afin de lutter contre les garanties locatives exorbitantes (parfois exigées en devises étrangères) et les fixations de loyer arbitraires.
En RDC, les relations bailleurs-locataires sont régies par la loi 15/025 du 31 décembre 2015, encadrant les baux non professionnels pour protéger contre les abus, notamment la fixation de la garantie locative (souvent limitée à 3 mois pour le résidentiel, bien que des abus à 9-10 mois persistent à Kinshasa). Espérons que l’État congolais sera réceptif au plaidoyer de l’Association des locataires du Congo.
Bienvenu Ipan