RDC : « ceux qui dénoncent une Constitution des étrangers sont les premiers à brader nos minerais stratégiques aux puissances étrangères… », dénonce Denis Mukwege

Dr Denis Mukwege
Dr Denis Mukwege
PAR Deskeco - 18 mai 2026 10:47, Dans Actualités

 

Le docteur Denis Mukwege est monté au créneau contre les partisans d’une révision constitutionnelle en République démocratique du Congo, accusant certains responsables politiques de tenir un discours nationaliste tout en livrant, selon lui, les ressources stratégiques du pays aux intérêts étrangers.

Dans une déclaration consacrée au débat sur un éventuel changement de la Constitution, le Prix Nobel de la paix a dénoncé ce qu’il considère comme une incohérence politique au sommet de l’État. 

« Ceux qui dénoncent une Constitution des étrangers sont les premiers à brader nos minerais stratégiques aux puissances étrangères, en contrepartie d’une prétendue garantie de sécurité », a-t-il affirmé.

Cette sortie médiatique du Dr Mukwege intervient alors que les discussions autour d’une possible révision constitutionnelle alimentent les tensions politiques dans le pays. Le second et dernier mandat du président Félix Tshisekedi devant s’achever le 20 janvier 2029, plusieurs voix de la majorité évoquent déjà l’hypothèse d’une réforme de la Loi fondamentale, une perspective qui suscite de fortes inquiétudes dans les milieux politiques et au sein de la société civile.

Pour Denis Mukwege, la priorité nationale devrait plutôt être centrée sur la résolution de la crise sécuritaire et sociale qui secoue le pays, notamment dans l’Est de la RDC. Le médecin congolais estime que le pays traverse une « menace existentielle » en raison de la guerre et de l’occupation de certaines zones du territoire national.

Dans son analyse, il accuse également l’Union sacrée et le pouvoir en place de vouloir « s’accrocher au pouvoir » à travers un système fondé sur le culte de la personnalité, au détriment du principe de l’alternance démocratique consacré par la Constitution.

Le célèbre gynécologue de Bukavu s’interroge par ailleurs sur la cohérence d’un éventuel référendum constitutionnel dans un contexte où des millions de Congolais vivant dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu restent affectés par l’insécurité. Selon lui, les arguments sécuritaires évoqués pour justifier un possible report des élections de 2028 rendraient tout aussi difficile l’organisation d’une consultation populaire crédible sur la modification de la Constitution.

Denis Mukwege rappelle également les mobilisations populaires qui avaient secoué la RDC il y a moins d’une décennie contre toute tentative de révision constitutionnelle. Il estime que plusieurs acteurs politiques ayant autrefois combattu ce projet se retrouvent aujourd’hui parmi les principaux défenseurs d’un changement de la Loi fondamentale, pourtant verrouillée dans certains de ses articles.

Au-delà de la question constitutionnelle, le Prix Nobel considère que le principal défi de la RDC demeure la qualité de sa gouvernance. 

« Notre pays a un très sérieux problème, non pas de textes légaux inadaptés ou imposés de l’extérieur, mais plutôt de femmes et d’hommes capables de le gouverner efficacement », a-t-il déclaré, plaidant pour une gouvernance capable d’assurer « la paix, la justice, le travail et la dignité pour tous ».

Jean-Baptiste Leni

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