Washington renforce son partenariat nucléaire avec Kigali : après l’accord minier avec Kinshasa, les États-Unis redessinent-ils leur stratégie dans les Grands Lacs ?

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PAR Deskeco - 19 mai 2026 22:43, Dans Actualités

 

Les États-Unis et le Rwanda se sont encore rapprochés alors que visiblement rien ne semblait marcher entre les deux pays, suites aux sanctions américaines contre les personnalités rwandaises impliquées dans le complot visant la déstabilisation de l'Est de la RDC. Ce mardi 19 mai, à Kigali, ils ont signé un mémorandum d’entente portant sur une coopération stratégique dans le domaine de l’énergie nucléaire civile, un partenariat qui ouvre de nouvelles perspectives dans le secteur énergétique et technologique du pays.

Le document a été signé par Renee Sonderman, secrétaire adjointe principale par intérim au Bureau du contrôle des armements et de la non-prolifération du Département d’État américain, et la ministre d’État rwandaise chargée des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Dr Usta Kayitesi.

Pour Washington, cet accord constitue une nouvelle étape vers le développement d’une coopération à long terme dans le domaine nucléaire civil, avec comme objectif affiché le renforcement des capacités énergétiques fiables et sécurisées tout en respectant les normes internationales de sûreté nucléaire et de non-prolifération.

La signature est intervenue en marge du Sommet sur l’innovation en énergie nucléaire pour l’Afrique (NEISA 2026), organisé à Kigali. Plusieurs personnalités y ont pris part, notamment le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique Rafael Mariano Grossi, le président rwandais Paul Kagame, la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan et le président togolais Faure Gnassingbé.

À cette occasion, l’AIEA a remis aux autorités rwandaises le rapport d’évaluation des infrastructures nucléaires intégrées (INIR), alors que Kigali affiche des ambitions importantes, dont faire contribuer le nucléaire à plus de 60 % de son mix énergétique d’ici 2050.

Le sommet a également été marqué par la signature d’un accord entre l’entreprise américaine holtecinternational et le Conseil rwandais de l’énergie atomique pour accélérer le déploiement du réacteur modulaire SMR-300 au Rwanda.

Pour l’Afrique, l’enjeu énergétique est considérable. Selon les données présentées au sommet, près de 600 millions d’Africains vivent encore sans accès à l’électricité. Treize pays africains poursuivent actuellement des programmes nucléaires civils, illustrant une volonté croissante du continent de diversifier ses sources d’énergie.

Toutefois, derrière la coopération énergétique avec Kigali se dessine une lecture plus stratégique.

Cette coopération intervient dans un contexte où Washington et Kinshasa ont semblé se rapprocher.

Le 4 décembre 2025, la RDC et les États-Unis ont conclu un accord économique portant sur l'exploitation des minerais stratégiques, notamment dans un contexte mondial marqué par une forte compétition autour du cobalt, du cuivre et d’autres minerais critiques nécessaires aux transitions énergétique et technologique dont la RDC détient une importante reserve mondiale. 

Plus récemment, Washington et Kinshasa se sont aussi rapprochés autour d’un accord relatif à l’accueil sur le territoire congolais d’immigrés clandestins expulsés des États-Unis. 

Washington construit-il une stratégie d’influence à plusieurs niveaux dans la région ? D’un côté, Kinshasa apparaît comme un partenaire central sur les ressources minières stratégiques mondiales ; de l’autre, Kigali comme un partenaire technologique et énergétique. Les États-Unis ne misent pas sur un seul axe mais sur une architecture régionale plus étendue dans la région de Grand Lacs 

Jean-Baptiste Leni

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