Nouveau rapport d'experts de l'ONU : le pillage de l'or de l'Ituri alimente les exportations record de l'Ouganda et échappe au contrôle de la RDC

L'or
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PAR Deskeco - 01 juil 2026 14:59, Dans Mines

 

Le Groupe d'experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo tire une nouvelle fois la sonnette d'alarme sur l'exploitation et le commerce illicites de l'or en Ituri. Dans son dernier rapport rendu public, il met en évidence l'ampleur de la contrebande aurifère vers l'Ouganda, estimant que d'importantes quantités d'or extraites dans cette province de l'est de la RDC échappent aux circuits officiels avant d'être exportées via le pays voisin.

Selon le document, un seul site minier situé entre Mabanga et Nizi aurait produit entre trois et huit tonnes d'or entre mars 2024 et mars 2026, pour une valeur estimée entre 300 et 800 millions de dollars. Un autre site, localisé près de Yedi, aurait, quant à lui, produit plus de deux tonnes d'or depuis le début de l'année 2025.

Ces chiffres contrastent fortement avec les statistiques officielles de la province. Les exportations déclarées pour l'ensemble de l'Ituri n'ont atteint que 559 kilogrammes d'or en 2025. Dans le même temps, les exportations aurifères de l'Ouganda ont atteint un niveau record de 62 tonnes, représentant une valeur de 6,4 milliards de dollars, soit une augmentation de 30 % en volume par rapport à 2024. Pour les experts des Nations unies, cette corrélation « mérite un examen approfondi.

Le rapport relève également le développement rapide de la lixiviation au cyanure des résidus miniers, une pratique pourtant interdite par la législation congolaise. À lui seul, le territoire de Djugu compterait désormais 388 bassins destinés à cette activité.

Les experts estiment que l'afflux d'or provenant de l'Ituri a largement contribué à gonfler les performances du secteur aurifère ougandais.

« L'afflux d'or contrefait en provenance d'Ituri a artificiellement gonflé les chiffres ougandais de raffinage et d'exportation d'or, rendant une grande partie de ces transactions commercialement irrecevables », indique le rapport.

Le document décrit également les principaux circuits empruntés par cet or. Selon les enquêteurs onusiens, le minerai extrait dans les territoires de Djugu et de Mahagi transite vers Kampala par les postes-frontières d'Aru et de Mahagi, ainsi que par l'axe Butembo-Kasindi. Il serait notamment acheté par des négociants ougandais disposant de comptoirs à Aru.

Le Groupe d'experts souligne par ailleurs que certains négociants d'or basés à Butembo continuent de jouer un rôle central dans cette chaîne d'approvisionnement illicite. Ils préfinanceraient des coopératives minières grâce à des établissements de microfinance installés à Bunia, obligeant ensuite ces dernières à leur revendre leur production, laquelle serait ensuite acheminée vers l'Ouganda.

Ce constat s'inscrit dans la continuité des précédents rapports des Nations unies. En juillet 2025, les experts avaient déjà mis en cause des groupes armés, notamment la CODECO, ainsi que certaines personnalités influentes, parmi lesquelles des députés et des notables, accusés d'avoir facilité l'exploitation illégale de l'or en Ituri avant sa revente en Ouganda.

Quelques mois plus tôt, dans leur rapport publié le 27 décembre 2024, les experts estimaient déjà que l'exploitation aurifère échappant au contrôle de l'État congolais rapportait au moins 140 millions de dollars par an aux groupes armés et aux réseaux criminels.

Le rapport relevait également un écart important entre la production estimée et les quantités officiellement enregistrées. Alors que la production artisanale annuelle était évaluée à environ 1 800 kilogrammes d'or, le Service d'assistance et d'encadrement minier artisanal et à petite échelle (SAEMAPE) n'avait enregistré que 17 kilogrammes de production au premier semestre 2024, tandis que la Coopérative des négociants d'or de l'Ituri (COONORI) n'avait déclaré que 24 kilogrammes d'achats.

Selon les autorités citées par les experts, cette différence s'explique principalement par l'accès limité aux sites miniers contrôlés par les groupes armés.

Le Groupe d'experts souligne enfin que, malgré les paiements effectués par certaines coopératives minières à la Police nationale congolaise et aux FARDC pour assurer leur protection, la majorité des principaux sites aurifères restent sous l'emprise de groupes armés, notamment la CODECO-URDPC et le groupe Zaïre/ADCVI dans le territoire de Djugu, la FRPI et le MAPI dans le territoire d'Irumu, ainsi que la CODECO-URDPC dans le territoire de Mahagi.

Ces nouvelles révélations renforcent les préoccupations sur l'ampleur du commerce illicite de l'or dans l'est de la RDC et sur son rôle dans le financement des groupes armés qui alimentent l'insécurité dans la région, tout en privant l'État congolais de recettes importantes issues de l'exploitation de ses ressources minières.

Jean-Baptiste Leni

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