Ce soir, la RDC tient plusieurs dossiers à la fois
TFM : enquête ouverte, guerre des chiffres engagée
Le dossier Tenke Fungurume Mining ne retombe pas. Le gouvernement a annoncé cette semaine l'ouverture d'une enquête sur les allégations de pollution de l'air formulées par l'Environmental Investigation Agency, qui faisait état de conséquences sanitaires graves sur les communautés riveraines — toux répétitive, saignements de nez, vomissements de sang, augmentation des morts-nés et des malformations. Les autorités ont appelé à la prudence, qualifiant les informations de « non vérifiées » à ce stade, et promis un rapport public à l'issue des investigations, assorti de possibles mesures administratives, environnementales ou judiciaires.
De son côté, TFM a fermement contesté le rapport de l'EIA publié le 9 mars, le jugeant « factuellement inexact » et fondé sur des « hypothèses non étayées ». L'entreprise affirme que ses données internes, couvrant la période fin 2024 à début 2025, montrent des concentrations de dioxyde de soufre conformes aux normes congolaises et aux lignes directrices de la Société financière internationale. Elle pointe des lacunes méthodologiques dans le travail de l'EIA, notamment l'usage d'équipements de faible précision et des conclusions tirées d'un seul établissement de santé. TFM se réserve par ailleurs le droit de prendre « les mesures appropriées » face aux inexactitudes du rapport.
Pour Philippe Masudi, de l'organisation Resource Matters, la réponse du gouvernement est bienvenue mais insuffisante. « Le gouvernement doit établir les responsabilités de manière objective, et sanctionner s'il s'avère que l'entreprise n'a pas respecté ses engagements sociaux », a-t-il déclaré à Deskeco.com. Il dénonce une tendance du gouvernement à « agir toujours en aval », alors que des services techniques sont censés assurer un suivi continu du respect des normes environnementales. Il appelle surtout à ce que les résultats de l'enquête soient rendus publics : « On est choqué quand le gouvernement initie des enquêtes et qu'à l'issue de ces dernières, on ne voit ni rapports, ni mesures contraignantes. »
Dotation 0,3 % : la société civile alerte sur une réforme qui centralisera trop
Dans une lettre ouverte datée du 18 mars et adressée aux ministres des Affaires sociales et des Mines, des organisations de la société civile tirent la sonnette d'alarme sur un projet de Directive complémentaire portant sur la gestion de la dotation de 0,3 % du chiffre d'affaires des entreprises minières. Tout en reconnaissant la nécessité d'améliorer cette gestion, elles estiment que le texte en préparation « loin de résoudre les insuffisances constatées, risque d'instaurer de nouveaux obstacles opérationnels, notamment par une centralisation accrue et un alourdissement du processus d'approbation des projets au niveau central ».
Les dysfonctionnements déjà identifiés sont nombreux : désignation de représentants venus de Kinshasa pour siéger dans des organismes spécialisés locaux, allocation peu rationnelle des fonds, retards dans l'approbation des projets, non-respect des règles de passation des marchés, insuffisance du contrôle de l'exécution des projets, déconnexion des ouvrages réalisés par rapport aux outils de planification locale et faible implication des communautés dans le choix des projets.
La société civile juge que la création d'un Secrétariat technique permanent doté de multiples cellules spécialisées alourdira l'architecture institutionnelle et exercera une pression financière sur les 4 % de frais de fonctionnement réservés au Comité de supervision. Elle estime également que confier aux organismes spécialisés la gestion des infrastructures réalisées est « totalement contraire » aux principes de décentralisation et risque de les transformer en établissements publics. Les signataires, parmi lesquels Me Jean Keba, Me Jean-Pierre Okenda et le Dr Joseph Cihunda, appellent à des consultations inclusives réunissant gouvernement, Chambre des mines et société civile pour réviser le Manuel des procédures dans l'esprit du Code minier révisé de 2018.
Secteur minier : le ministre Watum passe à l'inspection
Le ministre des Mines Louis Watum Kabamba a effectué ce mercredi une visite remarquée au Secrétariat général aux Mines. Bureau après bureau, service après service, il a passé les installations au crible aux côtés du Secrétaire général Jacques Ramazani. Face à la délégation syndicale, les échanges ont porté sur les conditions de travail, le manque de moyens et les pesanteurs structurelles. Le ministre a fixé quatre piliers pour la réforme administrative du secteur : patriotisme, intégrité, méritocratie et obligation de résultats. « La réforme du secteur minier passera par les femmes et les hommes qui le font vivre au quotidien », a été le message de cette visite.
Diversification : la feuille de route CNUCED est posée
Le workshop national sur le renforcement des capacités productives de la RDC, coorganisé par la CNUCED et le gouvernement du 17 au 18 mars à Kinshasa, a débouché sur une feuille de route pour la mise en place d'un Programme Pays. Ce calendrier prévoit plusieurs étapes, de la fiabilisation des données en mars 2026 jusqu'à la mobilisation des bailleurs de fonds à l'horizon 2027. Le ministre du Commerce extérieur Julien Paluku a salué les bases posées pour une coopération accrue avec la CNUCED, qui a réaffirmé son engagement à accompagner la RDC grâce à son expertise technique. Ce jeudi 19 mars, une formation spécialisée sur l'Indice des capacités productives a été lancée pour doter les acteurs nationaux d'outils d'analyse performants. L'enjeu est connu : le secteur minier soutient à environ 80 % l'économie congolaise, une dépendance que le gouvernement dit vouloir réduire par le développement de filières agro-industrielles et la montée en gamme de l'appareil productif.
Le chiffre du soir
80 %
La part du secteur minier dans le soutien à l'économie congolaise, selon le vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba, qui a rappelé ce chiffre lors de l'ouverture du workshop CNUCED. Un ratio qui illustre toute la vulnérabilité structurelle que la feuille de route adoptée cette semaine entend corriger.
À surveiller demain
Les résultats de l'enquête gouvernementale sur les allégations de pollution à Tenke Fungurume, et la réponse des autorités aux demandes de publication du rapport. L'avancement des consultations sur la réforme de la dotation de 0,3 % après la lettre ouverte de la société civile. La poursuite de la mise en œuvre de la feuille de route CNUCED sur les capacités productives.
Le mot de la rédaction
TFM conteste, le gouvernement enquête, la société civile alerte sur la dotation minière, le ministre inspecte son administration. En une semaine, le secteur minier congolais a concentré toutes les tensions d'un pays riche en ressources mais fragile dans ses mécanismes de gouvernance. La feuille de route CNUCED sur la diversification est posée. La vraie question reste de savoir si les instruments de contrôle seront à la hauteur des ambitions affichées.
Desk Tonight. Demain, l'essentiel continue.