L’économiste et entrepreneur Al Kitenge voit dans l’émission du premier eurobond par la République démocratique du Congo une avancée majeure. Mais, il en appelle à la prudence quant à l’utilisation des fonds mobilisés.
« C’est une excellente nouvelle, nous sommes un pays en grand potentiel mais qui nage dans la microscopie », a-t-il affirmé. Pour illustrer ce contraste, il compare la RDC à Angola : « Pour l’Angola, c’est 38 millions de personnes, 38 milliards de dollars, et nous la RDC, on est à 110 millions de personnes, on est à 20 milliards de USD de budget, ce n’est pas acceptable ».
Selon lui, cette opération permet au pays de franchir un cap en s’habituant à mobiliser des financements d’envergure, susceptibles de transformer structurellement l’économie.
L’économiste insiste également sur un point clé : la faible exposition actuelle de la RDC à l’endettement.
« Nous ne sommes pas endettés, nous sommes l’un des rares pays qui est largement inférieur », souligne-t-il, estimant que l’accès aux capitaux internationaux constitue une opportunité stratégique.
Toutefois, il met en garde contre un risque majeur : celui d’un décalage entre la mobilisation des ressources et leur utilisation effective.
« Entre accéder à des capitaux et les utiliser de manière efficace, il y a un petit écran », prévient-il, appelant à un véritable plan d’absorption et à une capacité d’exécution renforcée. Pour Al Kitenge, le véritable enjeu réside dans la transformation de ces fonds en infrastructures et en actifs productifs. « Avoir de l’argent sans le transformer en infrastructure ou actif, ce serait une difficulté majeure », insiste-t-il.
Cette analyse intervient alors que la RDC a réussi, le 9 avril 2026, à lever 1,25 milliard de dollars sur les marchés internationaux à travers l’émission d’eurobonds. L’opération, finalisée à Paris après 48 heures de négociations impliquant notamment Rawbank et Citibank, marque une première historique pour le pays.
Cependant, cette levée de fonds s’est faite à des taux relativement élevés, compris entre 8,75 % et 9,50 %, traduisant la perception du risque par les investisseurs. Une situation qui reste néanmoins comparable à celle de certains pays de la région.
À titre d’exemple, l’Angola a récemment levé 1,5 milliard de dollars à des taux proches de 10 %, tandis que la Côte d’Ivoire a obtenu des conditions plus favorables, autour de 5,39 % pour un montant de 1,3 milliard de dollars sur 15 ans.
En définitive, pour Al Kitenge, cette première incursion de la RDC sur les marchés financiers internationaux ouvre des perspectives inédites, à condition que le pays fasse preuve de rigueur et d’efficacité. « Il est important pour nous que nous soyons en mesure de nous déployer de manière pertinente », conclut-il, résumant ainsi le principal défi qui attend désormais les autorités congolaises.
Jean-Baptiste Leni