La République Démocratique du Congo a subi des effets indirects du conflit qui secoue actuellement le Moyen-Orient, alors que le pays dépend fortement des importations pour nourrir sa population. Une récente note de conjoncture rendue publique met en lumière une situation déjà fragile, où les tensions internationales risquent d'alourdir davantage les difficultés d'accès à l'alimentation.
Les chiffres dressent un tableau préoccupant : plus de 26,5 millions de personnes vivent aujourd’hui une situation d’insécurité alimentaire aiguë sur une population estimée à près de 120 millions d’habitants. Dans les provinces de l’Est - Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri et Tanganyika - près de 9,9 millions de personnes se trouvent dans une situation particulièrement critique.
Cette situation intervient alors que l’économie congolaise reste fortement tributaire des marchés internationaux pour ses besoins alimentaires essentiels. Lors d’un Conseil de ministres en avril 2026, André Wameso, gouverneur de Banque centrale du Congo, avait déjà alerté.
« Je ne suis pas de ceux qui pensent que nous pouvons être autosuffisants et que rien ne peut nous arriver. Il faut regarder le fait de manière réaliste et se dire que tout ce qu’on peut espérer est que cette crise ne dure pas, parce que si elle dure, cela va nous créer d’énormes problèmes », avait-il déclaré lors de son passage dans une émission.
La note économique publiée sur les conséquences de la crise au Moyen-Orient révèle que les céréales comme le blé, le riz ou le maïs, les poissons congelés, les viandes et les huiles végétales représentent une part importante des produits importés chaque année.
Les volumes importés n’ont cessé d’augmenter entre 2020 et 2025, ajoute-t-elle. En 2023, les importations de blé ont dépassé 450 000 tonnes, tandis que celles du riz ont atteint plus de 235 000 tonnes. Les poissons congelés ont franchi la barre des 200 000 tonnes et les importations de viandes de volaille ont oscillé entre 150 000 et 240 000 tonnes sur les dernières années.
Dans ce contexte, la crise au Moyen-Orient pourrait peser davantage sur les circuits mondiaux d'approvisionnement. La tension autour du détroit d'Ormuz fait craindre une augmentation des coûts du transport maritime, une volatilité accrue des prix des céréales et des engrais ainsi qu’une hausse des dépenses liées à l’énergie.
Ces répercussions pourraient se faire sentir rapidement sur les marchés locaux. Les ménages congolais, déjà confrontés à des revenus limités, risquent de voir leur pouvoir d’achat davantage affecté.
Même si l’inflation annuelle a fortement ralenti ces derniers mois - passant d’environ 17,9 % en 2024 à près de 2,2 % durant les trois premiers mois de 2026 - la pression sur les dépenses quotidiennes reste présente. Les prix des carburants ont récemment connu une progression notable : +10,1 % pour l’essence, +7,9 % pour le diesel et +11,4 % pour l’huile raffinée.
Dans l’Est du pays, les défis sécuritaires continuent également d’alimenter les difficultés. Les déplacements de populations, les perturbations économiques et les contraintes humanitaires compliquent davantage l’accès à une alimentation suffisante.
La note souligne qu’en l’absence d’un renforcement de l’aide humanitaire et d’efforts visant à soutenir la production locale, les besoins pourraient augmenter rapidement dans les prochains mois.
Jean-Baptiste Leni