Dans son ouvrage sur le contrôle a priori des finances publiques, Jules Alingete Key consacre plusieurs pages à une faille qu'il présente comme structurelle : la « procédure d'urgence », dérogatoire au circuit normal de la dépense publique.
Prévue par les textes, cette procédure permet, dans des cas strictement limités, catastrophe naturelle, sécurité, agression, déplacements urgents du président de la République, des présidents de l'Assemblée nationale ou du Sénat, ou du Premier ministre, de réduire drastiquement le délai normal d'exécution d'une dépense, fixé à 4 jours, quitte à « bypasser » une ou plusieurs des quatre phases de la chaîne de la dépense (engagement, liquidation, ordonnancement, paiement), la régularisation intervenant après paiement.
L'auteur décrit ensuite un mécanisme de contournement qu'il qualifie de « cas d'abus graves » : un créancier de l'État saisit directement, par courrier, le ministre des Finances pour solliciter un paiement en invoquant une situation de détresse, en y annexant l'acte d'engagement dont il dispose avec l'État. Le ministre des Finances instruit alors, par simple lettre, la Banque centrale du Congo de payer le créancier, le dossier étant envoyé après coup au ministère du Budget pour régularisation.
Selon Jules Alingete, c'est au travers de cette pratique que « plusieurs cas de détournement des deniers publics et de paiement sans pièces justificatives » ont été décelés.
L'auteur relève enfin que, entre 2022 et 2024, cette dérive s'est amplifiée plutôt que résorbée : il constate une « augmentation considérable des dépenses en procédure d'urgence irrégulière » sur la période, un phénomène qu'il relie directement, dans un autre chapitre du livre, à la détérioration du taux de change du franc congolais observée en 2024.