La RDC s’apprête à lancer un audit technique et financier du programme de coopération sino-congolais, un partenariat minier conclu en 2008 et devenu l’un des dossiers les plus sensibles de la gouvernance des ressources naturelles du pays. L’examen, annoncé début mars 2026, doit passer en revue l’exécution du projet depuis sa création jusqu’à 2024 et établir un diagnostic précis de ce programme qui associe exploitation minière et financement d’infrastructures.
2008 : la signature d’un partenariat inédit
Le programme sino-congolais est signé en avril 2008 sous la présidence de Joseph Kabila. L’accord repose sur un principe d’échange : l’accès à des gisements de cuivre et de cobalt en contrepartie de la construction d’infrastructures en RDC, notamment des routes, des hôpitaux et des écoles.
La convention conduit à la création d’une société commune, la Sino-Congolaise des mines (Sicomines), détenue par la société publique Gécamines et un consortium d’entreprises chinoises. Ce montage doit permettre de financer des infrastructures grâce aux revenus générés par l’exploitation minière.
Dans ce modèle, les investissements réalisés dans les mines doivent d’abord être remboursés par la production avant que les revenus ne soient partagés entre les partenaires.
2017 : premiers débats publics autour du contrat
Au fil des années, le partenariat fait l’objet de critiques croissantes dans les milieux politiques et dans la société civile. Un avenant évoqué dans les débats publics en 2017 alimente les interrogations sur la transparence du projet et sur les modalités de distribution des dividendes au sein de la coentreprise.
Plusieurs organisations impliquées dans les initiatives de transparence dans les industries extractives commencent alors à dénoncer un possible préjudice financier pour l’État congolais.
2023 : le rapport de l’Inspection générale des finances
Le débat s’intensifie en février 2023 avec la publication d’un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF). Ce document évoque un déséquilibre financier important dans le programme.
Selon ce rapport, les entreprises chinoises pourraient tirer jusqu’à 76 milliards de dollars de gains du projet, contre environ 3 milliards de dollars d’infrastructures réalisées en RDC. Ces conclusions relancent les critiques sur le faible niveau d’investissements visibles par rapport aux engagements initiaux.
Face à ces accusations, le président Félix Tshisekedi appelle à « rééquilibrer » le partenariat.
2023 : l’ouverture de négociations avec les partenaires chinois
Dans la foulée du rapport de l’IGF, Kinshasa engage des discussions avec les entreprises chinoises pour revoir les termes de la convention. Le sujet est notamment abordé lors d’une visite du président congolais en Chine.
L’objectif affiché par les autorités est d’obtenir davantage d’investissements dans les infrastructures et de corriger les déséquilibres jugés défavorables à la RDC.
2024 : un cinquième avenant au contrat
Les discussions aboutissent à un accord annoncé en janvier 2024. La RDC indique alors avoir obtenu 5,8 milliards de dollars supplémentaires pour les infrastructures.
Le 14 mars 2024, un cinquième avenant à la convention est signé à Kinshasa. Le montant total consacré aux infrastructures est alors porté d’environ 3,2 milliards à près de 7 milliards de dollars.
Dans la coentreprise Sicomines, la répartition du capital reste toutefois majoritairement favorable au consortium chinois, avec 68 % des parts contre 32 % pour la RDC, via la Gécamines, au moins jusqu’au remboursement des investissements.
2024 : les critiques persistantes de la société civile
Malgré cette renégociation, plusieurs organisations de la société civile continuent de dénoncer les déséquilibres du partenariat.
En juin 2024, la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) appelle le gouvernement congolais à mettre fin à la convention et à appliquer le régime du code minier au projet Sicomines.
Selon cette coalition, l’avenant 5 ne corrige pas plusieurs problèmes structurels, notamment les exonérations fiscales accordées au projet, la gestion de Sicomines en dehors des circuits habituels des finances publiques ou encore l’absence de transfert significatif de technologies.
2026 : un audit pour établir l’état réel du programme
C’est dans ce contexte que les autorités congolaises annoncent en 2026 le lancement d’un audit technique et financier couvrant la période de 2008 à 2024.
La mission est pilotée par l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration (APCSC) et s’appuie sur une disposition de l’avenant n°5 signé en 2024.
L’audit doit examiner l’ensemble du programme, notamment les volets minier, infrastructurel, financier, fiscal et contractuel. Il vise à établir le niveau réel d’exécution du projet et à évaluer les investissements effectivement réalisés.
La mission prévoit également la certification des ressources minérales contenues dans les permis d’exploitation 9681 et 9682 de Sicomines, afin de mettre à jour les estimations des gisements engagés dans la coentreprise.
Selon les autorités congolaises, cet exercice doit permettre de disposer de données « factuelles et vérifiables » pour mesurer l’équilibre du partenariat et éclairer les décisions futures concernant ce programme.
Les conclusions de l’audit pourraient ainsi servir de base à une nouvelle étape de discussions entre Kinshasa et ses partenaires chinois sur l’avenir du contrat.