Sanctions contre la banque Zigama et le ministère rwandais de la Défense : le CNPAV et le réseau Unis exigent des enquêtes judiciaires et des condamnations

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PAR Deskeco - , Dans Actualités

 

Dans un communiqué conjointement signé le 2 novembre 2026, Unis, le réseau panafricain de lutte contre la corruption et la coalition Le Congo n'est pas à vendre (CNPAV) saluent les sanctions imposées le 28 octobre 2026 par le Trésor américain au ministère rwandais de la Défense et à la Zigama Credit and Savings Society.

"Mais des sanctions ne sont pas des condamnations. Nos organisations demandent qu'elles ouvrent la voie à des enquêtes judiciaires et financières, en RDC comme à l'étranger, jusqu'à la condamnation des responsables et la restitution des fonds au Trésor public congolais", réclament ces plateformes.

Des sanctions qui confirment un système de corruption et de blanchiment

Selon CNPAV et Unis qui citent le Trésor américain, Zigama, institution financière opérant pour le compte des services de sécurité rwandais, a permis d'acheminer vers Kigali de l'or extrait des zones contrôlées par le M23/AFC et a traité
pour la rébellion des transactions de plusieurs dizaines de millions de dollars. La raffinerie Gasabo Gold Refinery de Kigali, maillon suivant de cette chaîne, avait déjà été sanctionnée par l'Union européenne en
mars 2025 et par les États-Unis le 25 juin 2026.

 "Ce schéma porte un nom : le blanchiment du produit d'un pillage organisé", dénoncent CNPAV et Unis.

Des milliards soustraits aux finances publiques

Selon les informations en notre possession, les exportations d'or du Rwanda sont passées de 2,4 tonnes en 2017 à plus de 19 tonnes (1,5 milliard de dollars) en 2024, avant de chuter à 517 millions en 2025 après les sanctions contre Gasabo. Le
gouvernement congolais estime à plus d'un milliard de dollars par an les pertes dues à ce pillage.

"Ce sont des redevances, des droits et des impôts qui n'atteignent jamais le budget de l'État ni les provinces du Kivu. Ce pillage s'appuie aussi sur des relais congolais : négociants et comptoirs qui traitent avec
l'administration parallèle du M23/AFC, et réseaux de contrebande qui, depuis les zones sous contrôle gouvernemental, profitent de la corruption aux frontières", a-t-on dénoncé.

Au-delà des sanctions, la justice

Pour CNPAV et Unis, les sanctions sont des mesures administratives: elles gèlent des avoirs et visent à changer des comportements, mais elles peuvent être levées et ne jugent personne. Sans enquêtes ni procès, les responsables du pillage, rwandais comme congolais, resteront impunis et les recettes perdues ne
reviendront jamais à l'État.

"Les éléments réunis par le Trésor américain doivent désormais servir de point de départ à des poursuites pour corruption, fraude, blanchiment et financement d'un groupe armé. Le pillage de l'or congolais est un crime financier. II doit être jugé comme tel", estiment les deux structures de la société civile.

Des recommandations

Au regard de ce qui précède, le CNPAV et le réseau Unis formulent des recommandations aux uns et aux autres.

1. Au Procureur général près la Cour de cassation et aux parquets : ouvrir des informations judiciaires pour corruption, fraude, blanchiment et financement du M23/AFC, y compris contre les complices congolais;
2. À la CENAREF: retracer les flux financiers liés à Zigama et Gasabo, et transmettre ses analyses à la justice;
3. Au gouvernement : se constituer partie civile, solliciter l'entraide judiciaire internationale et engager la saisie et le recouvrement des avoirs au profit du Trésor public.
4. Aux États-Unis, à l'Union européenne, au Royaume-Uni, à la Suisse et aux Émirats :
partager les preuves avec les autorités judiciaires congolaises, aligner leurs sanctions et ouvrir des enquêtes pour blanchiment dans leurs propres juridictions;
5. À la Cour des comptes et à l'Inspection générale des finances : évaluer et publier les pertes de recettes fiscales et douanières liées à la contrebande de minerais;
6. Au Parlement : adopter sans délai les lois anticorruption et de protection des lanceurs d'alerte, indispensables pour que les témoins de ces circuits puissent parler.

"Chaque gramme d'or sorti illégalement du Kivu manque aux écoles, aux hôpitaux et aux routes de l'Est. Unis, le réseau panafricain de lutte contre la corruption et le CNPAV suivront les suites judiciaires de ces sanctions et continueront de documenter les acteurs publics et privés qui s'enrichissent de cette économie de guerre. Le Congo n'est pas à vendre, et son sous-sol n'est pas une caisse de guerre", a-t-on souligné.

Bienvenu Ipan 

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