Entre ambitions et contraintes, les défis de la nouvelle réserve stratégique de cobalt en RDC

Cobalt
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PAR Deskeco - 16 avr 2026 17:23, Dans Mines

La nouvelle politique de la République démocratique du Congo (RDC), qui consiste à constituer une réserve stratégique de minerais – cobalt, coltan et germanium – afin de soutenir les prix et de « renforcer la souveraineté économique », pourrait se heurter à des défis d’ordre structurel.

Cette réserve sera constituée grâce à l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques (Arecoms).

Selon le président de l’Arecoms, Patrick Luabeya, qui s’est confié à Jeune Afrique, la réserve stratégique de la RDC va, dans un premier temps, gérer les stocks accumulés en 2025, au moment où le gouvernement avait décidé de suspendre les exportations de cobalt.

« Sans mécanisme adapté, ces stocks risqueraient de s’accumuler et cela poserait des problèmes tant pour les producteurs que pour l’État », a dit Patrick Luabeya, qui a précisé que ce stock sera constitué grâce au rachat d’une partie des stocks des sociétés minières opérant dans le pays.

Déjà, cette politique, selon Jeune Afrique, se heurte à ce problème structurel : la production de cobalt reste largement déterminée par celle du cuivre, dont il est un sous-produit. Ainsi, des groupes comme CMOC (anciennement China Molybdenum Company), qui exploite les minerais de cobalt et de cuivre de Tente Fungurume Mining (80 %) et de Kisanfu Mining (71,2 %) situés dans la riche province de Lualaba, ont continué à produire 85 000 tonnes de cobalt en 2025, malgré les restrictions. Résultat, Kinshasa contrôle les flux mais pas totalement l’offre.

Aussi, l’impact réel sur les prix : « Ce marché n’est pas uniquement influencé par la production. Il l’est surtout par les volumes exportés vers les marchés internationaux », selon un analyste cité par le média.

Entre-temps, la Chine, qui concentre 60 % de la demande mondiale de cobalt, apparaît comme la principale variable de la stratégie de la RDC, estime Jeune Afrique.

« En effet, au cours de ces dix dernières années, Pékin, qui s’approvisionne auprès de ses entreprises publiques et de ses raffineurs, a accumulé d’importants stocks de cobalt. Conséquence : cette stratégie a saturé le marché mondial et tiré les prix vers le bas. Entre 2018 et 2025, le cobalt est ainsi passé d’un pic historique proche de 95 000 dollars la tonne à 23 000 dollars avant les restrictions congolaises », écrit Jeune Afrique.

Quoi qu’il en soit, le média estime que la réussite de cette stratégie dépendra de la capacité de la RDC à trouver le bon équilibre entre ambitions et contraintes du marché.

« La politique de stockpiling [le fait de constituer des réserves] nécessite, d’une part, de se constituer sa propre réserve, et, d’autre part, de répondre aux besoins des compagnies qui commercialisent le minerai », selon un analyste.

Pour rappel, cette nouvelle politique en matière de cobalt est contenue dans un décret adopté en conseil des ministres le 10 avril.

 

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