DeskecoStory | Comment la RDC a-t-elle reconquis les marchés financiers internationaux grâce à l’eurobond ? (Interview avec Andé Wameso, gouverneur de la BCC)

André Wameso, gouverneur de la BCC
André Wameso, gouverneur de la BCC
PAR Deskeco - 28 avr 2026 12:59, Dans Analyses

À l’occasion de la récente émission d’un eurobond par la RDC, André Wameso, gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), revient sur la portée stratégique de cette opération. Au-delà de la simple mobilisation de capitaux, il analyse l’impact de ce signal fort sur le marché financier local, la soutenabilité de la dette congolaise et la perception des risques sécuritaires et politiques par les investisseurs internationaux. Il souligne également le rôle clé du FMI dans les réformes structurelles et l’accélération de la croissance depuis 2018. André Wameso répond ici à nos questions.

 Deskeco.com: Monsieur le Gouverneur, la RDC a récemment émis un eurobond sur les marchés internationaux. Au-delà de la simple levée de fonds, quel message plus profond cette opération envoie-t-elle aux investisseurs concernant la trajectoire de la RDC à long terme ?

André Wameso: Cet eurobond, il ne faut pas seulement le voir comme la capacité de la RDC à lever des capitaux sur le marché international. C'est aussi, plus fondamentalement, montrer que le marché financier se projette avec la RDC à plus de cinq ans. C'est-à-dire que le marché voit une construction de la stabilité à travers notre pays, au-delà de la capacité qu'il a vue en la RDC de bien gérer les finances publiques pour pouvoir, en fait, rembourser l'emprunt qui est fait. Et donc, c'est une construction du futur de la RDC avec les marchés internationaux. Pour moi, c'est même beaucoup plus important qu'une confiance uniquement des politiques.

Deskeco.com: Vous avez évoqué l'impact attendu sur le marché financier local. Comment cet emprunt international peut-il influencer le comportement des prêteurs locaux, traditionnellement réticents à financer l'État ou les entreprises au-delà de deux ans ?

André Wameso: Les prêteurs locaux doivent se poser la question, puisque les prêteurs locaux ont toujours emprunté de l'argent. Il ne faut pas oublier que la RDC lève d'abord des capitaux au sein du marché bancaire ou du marché financier local. Mais la RDC a toujours eu du mal, en tout cas, à emprunter à plus de deux ans parce qu'il y a cette réticence liée à la stabilité. Et ici, le marché financier local va voir qu'à l'international, on donne du crédit au Congo sur cinq ans, voire sur dix ans. Donc, cela peut désormais stimuler l'épargne à long terme, même au niveau local, pour des émissions de l'État. Mais pas seulement, puisque l'idéal serait de développer un marché de la dette – je parle ici d'un marché obligataire – y compris pour nos entreprises. Il y a d'ailleurs une loi en préparation dans ce sens pour pouvoir mettre en œuvre les marchés financiers en RDC. Et un tel signal au niveau de l'étranger va rendre moins frileux les acteurs locaux pour se lancer aussi dans ce type d'opération, que ce soit avec l'État, mais aussi avec des entreprises, publiques ou privées.

Deskeco.com: Certains observateurs s'inquiètent du niveau d'endettement du pays. Pourtant, vous insistez sur les ratios plutôt que sur le volume brut. Pouvez-vous nous rappeler où se situe la RDC en termes de ratio dette/PIB et de service de la dette, et pourquoi cela rend la situation soutenable ?

André Wameso: En fait, par rapport à la dette, ce qui compte, ce n'est pas le volume. C'est de regarder quel est le niveau de la dette que vous avez, le stock de dette, par rapport à la richesse que vous pouvez créer. C'est pour cela que ce qu'on regarde, c'est le ratio de la dette par rapport au PIB. D'une part, cela veut dire qu'il est encore très faible, puisque si on additionne toute la dette, y compris la dette intérieure, nous arrivons à peu près à 20 %, un peu moins, comme ratio d'endettement de la RDC. Ce qui est extrêmement bas en ce qui concerne la soutenabilité d'une dette. Et ensuite, on regarde le service de la dette : comment vous dégagez des marges budgétaires pour pouvoir payer les intérêts liés à cette dette et, in fine, la rembourser. De ce côté-là aussi, la RDC a un service de la dette qui est très faible. Pour quelles raisons ? La majorité de la dette de la RDC est une dette concessionnaire, avec des taux très bas, ce qui laisse de la marge à notre pays pour pouvoir aller vers ce type d'endettement.

Deskeco.com: Vous avez mentionné que « les marchés ne se trompent jamais ». Pourtant, la RDC fait face à des défis bien connus : agression sécuritaire à l'est, problèmes de gouvernance. Que regardent donc précisément les marchés pour accorder cette confiance et sursouscrire à l'émission d'eurobond ?

André Wameso: Ce qui est intéressant avec les marchés, c'est qu'il y a un adage qui dit : « Les marchés ne se trompent jamais. » C'est-à-dire que si les marchés ont donné ce gage de confiance et ont même été prêts à prêter à la RDC quatre fois le montant qui était demandé, cela signifie que le marché a intégré tous ces éléments. Le marché n'est pas venu de Mars ou de Jupiter. Le marché sait que la RDC est sous agression, le marché est au courant des problèmes de gouvernance, mais ce que le marché voit plutôt, c'est une tendance. D'où vient la RDC en matière de gouvernance ? D'où vient la RDC en matière de création de richesses ? D'où vient la RDC en matière de mobilisation interne de recettes et de la manière dont ces recettes sont gérées ? Et donc, cela traduit une progression.

Deskeco.com: Vous avez mentionné la courbe de croissance du PIB qui s'accélère depuis 2018. Quel rôle précis le partenariat avec le FMI a-t-il joué dans cette dynamique, et comment expliquez-vous que les marchés internationaux accordent désormais davantage de crédit à ces réformes structurelles qu'aux risques sécuritaires ou politiques persistants ?

André Wameso: Je regardais justement ce matin la courbe de croissance du PIB de notre pays, et il ne faut pas avoir honte de ça. La croissance de la RDC s'est nettement accélérée pour prendre quasi une allure exponentielle à partir de 2018, et ce n'est pas un hasard. C'est-à-dire que le marché regarde les tendances lourdes et regarde les réformes qui sont mises en place. Et je tiens à remercier le FMI qui nous accompagne depuis cinq ans dans ces réformes. Le marché, évidemment, se réfère aussi à ce que le FMI remarque, met en place et publie comme rapport sur la RDC. Tout ceci pour dire que la confiance est de retour.

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