L’année 2025 a été marquée par de nombreuses évolutions économiques en République démocratique du Congo, particulièrement dans le domaine de la politique monétaire conduite par la Banque centrale du Congo. Entre appréciation brusque et accélérée du franc congolais, changement à la tête de l’institution d’émission et mesures monétaires controversées, le débat économique s’est intensifié.
Au début de l’année 2025, le franc congolais a enregistré une dépréciation continue, atteignant jusqu’à 2 860 FC pour un dollar américain. La loi de finances de l’exercice 2025 avait, quant à elle, retenu un taux de change de 2 880,5 FC/USD en fin de période.
Il visait à maintenir la stabilité du cadre macroéconomique, avec un Produit intérieur brut (PIB) estimé à 5,3 %, une croissance démographique autour de 3,2 % et une inflation projetée à 7,8 %. Ces prévisions ont également servi de base aux hypothèses de recettes publiques ainsi qu’aux projections retenues pour l’élaboration du budget 2026.
Changement à la tête de la BCC et nouveau cap monétaire
Un tournant majeur est intervenu en août 2025, avec le remplacement de Mme Malangu Kabedi, ancienne gouverneure de la BCC, par Andrée Wameso, à la suite d’une ordonnance du Président de la République. Dès sa prise de fonction, le nouveau gouverneur a clairement affiché sa priorité : l’appréciation de la monnaie nationale face au dollar américain.
« Nous allons travailler sans relâche pour redonner la confiance en notre monnaie nationale et je crois qu'ensemble avec tout le personnel de la Banque centrale du Congo, les vice-gouverneurs, nous travaillons d'arrache-pied pour que les Congolais et Congolaises soient de nouveau fiers de leur monnaie », avait-t-il déclaré lors de son investiture le 4 août 2025 en présence de membres du gouvernement.
Des mesures fortes : injection de devises et baisse du taux directeur
Deux principales actions ont suivi cette orientation. La première a été l’injection de 50 millions de dollars américains sur le marché des changes, dans le but de provoquer une appréciation rapide du franc congolais, sans toutefois tenir compte des projections initiales du cadrage macroéconomique de l’exercice 2025.
La seconde mesure a concerné la politique de taux, avec la baisse du taux directeur de 25,0 % à 17,5 %, soit une réduction de 750 points de base.
Des critiques sur les conséquences économiques et budgétaires
Ces décisions ont suscité de vives réactions parmi les experts en politique monétaire. Plusieurs ont alerté sur les risques de perte de recettes publiques, dans un contexte où l’économie congolaise reste fortement dollarisée. Les entreprises détiennent majoritairement leurs réserves en dollars, tandis que les régies financières perçoivent des impôts exprimés en dollars, mais payés en francs congolais.
Pour le professeur d’économie Gode Mpoy, cette politique monétaire est artificielle et pourrait fragiliser l’État congolais, notamment dans le paiement des agents et fonctionnaires publics.
« Cette technique est déconseillée en économie : elle bloque la demande globale, viole les échéances sociales, fait souffrir la population, rétrécit l'espace fiscal et débouche sur des remous sociaux », avait-il dénoncé.
Désaccords entre la BCC et le ministère des Finances
Dans un communiqué publié sur le réseau social X, la Banque centrale du Congo a soutenu que cette politique monétaire n’avait entraîné aucune perte de recettes publiques. Une affirmation aussitôt balayé d’un revers de main par un communiqué du ministère des Finances, estimant au contraire que la politique monétaire en cours avait bel et bien impacté négativement les recettes du Trésor public.
Ces divergences se sont traduites concrètement par des retards dans le paiement des agents et fonctionnaires publics, observés depuis le mois d’octobre 2025.
Appui du FMI et mesures internes pour contenir les effets
Face à cette situation, le gouvernement a dû recourir à des politiques internes pour mobiliser des ressources et combler le manque à gagner causé par l’appréciation rapide du franc congolais. Le soutien du Fonds monétaire international (FMI) a également joué un rôle déterminant.
La validation de la deuxième revue du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) et de la première revue de la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) a permis, en décembre 2025, un décaissement de 445 millions de dollars américains au gouvernement congolais, contribuant au soutien de la stabilité macroéconomique.
Pouvoir d’achat : une appréciation sans bénéfice pour la population ?
Malgré les assurances de la BCC selon lesquelles cette appréciation n’aurait pas affaibli le pouvoir d’achat des ménages, la réalité observée sur le terrain indique le contraire. Les prix des biens et services sont restés élevés, créant un décalage important entre les revenus détenus par la population et la quantité de biens effectivement accessibles sur le marché.
Dans un communiqué, le Mouvement National des Consommateurs Lésés (MNCL), une ONG de défense des droits des consommateurs, a dénoncé une situation qu’il juge « injuste et incompréhensible ».
« Le MNCL constate avec amertume que sur le terrain, cette appréciation du franc congolais s'accompagne aussi de graves dérives qui fragilisent les ménages et menacent sérieusement le pouvoir d'achat des consommateurs ».
Ce qu’il faut retenir de positif de la gouvernance d’Andrée Wameso
L’un des points positifs de la gouvernance d’Andrée Wameso à la tête de la Banque centrale du Congo en 2025 réside dans l’intensification de la communication institutionnelle. À travers des interviews, des émissions télévisées et des communiqués réguliers sur l’évolution de la situation financière, le gouverneur s’est illustré par une volonté accrue de redevabilité.
Il lui est également reconnu la volonté affirmée de faire apprécier la monnaie nationale, symbole de la souveraineté économique de la RDC.
Points à reprocher et défis pour 2026
Malgré cette volonté de réforme, le leadership d’Andrée Wameso semble souffrir d’un déficit de coordination avec les institutions en charge de la politique budgétaire. Les communiqués contradictoires publiés récemment par la BCC et le ministère des Finances illustrent ce manque de cohérence dans la communication économique gouvernementale.
Pour rappel, la dépendance de l’économie congolaise aux matières premières, la dollarisation persistante, bien qu’en recul, ainsi que les pressions budgétaires, demeurent des défis majeurs à relever en 2026. Leur prise en charge efficace passera nécessairement par une politique économique fondée sur une meilleure coordination et une communication renforcée entre la Banque centrale du Congo et les ministères sectoriels.
Jean-Baptiste Leni