RDC-USA : Face à la plainte d’une société américaine réclamant 4 milliards USD, le gouvernement dénonce une manœuvre dolosive et rejette toute demande d’indemnisation

Félix Tshisekedi, lors de la 74è réunion du conseil des ministres
Félix Tshisekedi, lors de la 74è réunion du conseil des ministres
PAR Deskeco - 14 jan 2026 12:14, Dans Finances

En RDC, le gouvernement réagit à la plainte déposée aux États-Unis par la société américaine PayServices Bank, réclamant jusqu’à 4 milliards USD de dommages et intérêts à l’État congolais. Dans un communiqué du 13 janvier 2026, le ministère du Portefeuille parle d’une présentation « juridiquement erronée et incomplète » du dossier et d’une tentative de manipulation fondée sur une fausse qualité bancaire.

Selon le gouvernement, contrairement aux affirmations relayées par Africa intelligence, PayServices n’a jamais disposé du statut juridique d’établissement bancaire au regard du droit américain. Le ministère du Portefeuille précise qu’en date du 18 octobre 2024, le Département des Finances de l’État de l’Idaho a formellement retiré toute reconnaissance antérieure et interdit à cette société l’usage du terme « bank », faute d’avoir satisfait aux exigences réglementaires en vigueur.

Malgré cette décision, PayServices aurait continué à se présenter comme une banque auprès des autorités congolaises, créant ainsi une apparence trompeuse de régulation et de solvabilité. Pour le gouvernement, cette fausse qualité constitue une manœuvre dolosive destinée à obtenir indûment l’accès aux ressources souveraines de l’État. 

« Mettre fin à une relation fondée sur une fausse qualité bancaire ne constitue pas une rupture abusive, mais un acte de bonne administration », souligne le gouvernement.

Les vérifications menées par le ministère des Finances, conformément à la loi relative aux finances publiques, ont établi que PayServices n’était ni autorisée ni habilitée à recevoir ou à gérer des fonds publics. En application de l’article 108 de cette loi, qui subordonne tout engagement de fonds à des autorisations régulières, les autorités compétentes ont décidé de mettre un terme à toute suite administrative afin de protéger le Trésor public, ajoute-t-il.

Le gouvernement insiste également sur le fait qu’« aucune valorisation crédible n’a été établie ». La société PayServices était dépourvue d’états financiers certifiés, d’audit indépendant et même de définition de la valeur nominale de ses actions. En l’absence d’un accord formel du ministère des Finances et de toute autorisation régulière, aucun fonds n’a été transféré, de sorte qu’aucun préjudice financier ne peut être établi à charge de l’État congolais.

Les affirmations faisant état de prétendus investissements de 72 millions de dollars ou d’un engagement de décaissement de 20 millions de dollars sont, selon Kinshasa, « dépourvues de toute base juridique, budgétaire ou comptable ». De même, le gouvernement dément l’existence d’un contrat valide entre PayServices, PCES Akiba et la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO).

Pour rappel, PayServices a saisi une juridiction fédérale américaine, affirmant avoir conclu avec des entités publiques congolaises un projet de numérisation des paiements de l’État censé générer plus de 8 milliards de dollars de revenus annuels. L’entreprise évoque des violations contractuelles, des pressions et des tentatives de corruption, citant plusieurs hauts responsables congolais.

Pour le gouvernement congolais, ces accusations sont apparues après le refus de tout paiement et relèvent d’« une stratégie de représailles visant à détourner l’attention de l’élément central du dossier », à savoir la fausse qualité bancaire revendiquée par la société américaine.

L’exécutif congolais affirme que ce dossier concerne une entreprise privée ayant tenté, par le dol, d’obtenir 20 millions de dollars du Trésor public. La RDC se dit disposée à coopérer avec toute juridiction légalement compétente, tout en réaffirmant qu’elle ne cédera ni à la fraude, ni à l’intimidation, ni à la désinformation, et qu’elle se réserve le droit d’exercer toutes les voies de droit nécessaires pour défendre sa souveraineté financière et l’intégrité de ses institutions.

Jean-Baptiste Leni 

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