Face à la résurgence d’Ebola en République démocratique du Congo, la mobilisation internationale a rapidement pris de l’ampleur. Des millions de dollars sont annoncés, des experts déployés sur le terrain et des cargaisons de matériel médical annoncées dans les zones touchées. Pourtant, au niveau national, aucune enveloppe financière propre du gouvernement n’a jusqu’ici été officiellement annoncée pour soutenir la riposte, malgré l’urgence de la situation.
Ce décalage entre l’ampleur des financements internationaux et l’absence d’annonce budgétaire nationale interroge alors que les besoins opérationnels sur le terrain augmentent. Certes, le président Félix Tshisekedi a demandé au ministre des Finances de faire « constamment diligence » dans la mobilisation des ressources nécessaires, mais aucune somme précise n’a été communiquée à ce stade.
Lors de la quatrième réunion extraordinaire consacrée à la situation sanitaire, tenue mercredi 20 mai dernier à Kinshasa, le chef de l’État a insisté sur la nécessité de répondre rapidement à toutes les sollicitations liées à la riposte. Une instruction montrant une volonté politique, mais qui ne s’est pas encore matérialisée par un engagement financier public clairement chiffré.
Une riposte déjà soutenue par plusieurs partenaires
Pendant que Kinshasa n’a encore fait aucune annonce de son financement propre, plusieurs partenaires internationaux ont déjà engagé des ressources.
Africa CDC, l’agence de santé publique de l’Union africaine, qui avait annoncé la résurgence du virus, formule un vœu d’un financement estimé à 30 millions de dollars, nécessaires pour soutenir la réponse à l’épidémie. En attendant cette mobilisation globale, l’institution africaine a déjà puisé dans ses propres réserves avec un décaissement immédiat de 2 millions de dollars destinés aux interventions d’urgence.
Les États-Unis figurent également parmi les principaux contributeurs déjà annoncés. Le Département d’État américain a indiqué mardi 19 mai dernier avoir mobilisé 13 millions de dollars via les fonds humanitaires groupés du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), au bénéfice de la RDC et de l’Ouganda.
Le soutien britannique est encore plus conséquent. Le Royaume-Uni a, de son côté, annoncé une enveloppe supplémentaire de 20 millions de livres sterling, soit environ 27 millions de dollars, pour contribuer aux efforts visant à contenir l’épidémie.
De son côté, l’Afrique du Sud a également annoncé une contribution de 2,5 millions de dollars pour appuyer le gouvernement dans le cadre de cette lutte. Le total des financements annoncés fait état de 44,5 millions USD
Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé mise pour sa part sur un soutien opérationnel immédiat. L’organisation a déjà acheminé près de 12 tonnes de matériel d’urgence vers la RDC afin d’appuyer les équipes engagées dans la lutte contre Ebola.
Dans cette assistance logistique, près de 4,7 tonnes de fournitures médicales et d’équipements spécialisés ont été transportées à Bunia depuis Nairobi avec un appui aérien assuré par la MONUSCO.
De son côté, la Banque mondiale a renforcé son accompagnement technique avec le déploiement de 19 experts à Bunia, signe que l’appui ne se limite pas aux seules contributions financières.
Une question de souveraineté financière
Au-delà des chiffres, la question qui émerge est celle de la capacité de l’État congolais à afficher son propre engagement financier dans une crise sanitaire nationale. Les expériences passées, notamment lors des précédentes épidémies d’Ebola, ont montré que les partenaires internationaux interviennent souvent rapidement, mais que la coordination et l’efficacité de la riposte dépendent aussi d’une implication budgétaire directe des autorités nationales. Il faut préciser que le pays a sa 17ᵉ épidémie d’Ebola enregistrée depuis l’identification du virus en 1976.
Aujourd’hui, la RDC semble bénéficier d’un élan international important. En additionnant les financements déjà annoncés ou engagés publiquement, sans compter les appuis logistiques et techniques, plusieurs dizaines de millions de dollars sont déjà sur la table. Reste désormais à savoir quelle part le gouvernement congolais entend mettre lui-même dans la balance afin de transformer les instructions présidentielles en moyens concrets sur le terrain.
Jean-Baptiste Leni