L’annonce de l’abandon progressif de la « patrouille financière » au profit d’un contrôle systémique basé sur les données et l’intelligence artificielle par l’Inspection générale des finances (IGF) continue de susciter des vives réactions. Lors de sa première conférence de presse tenue le 20 mai à Kinshasa, l’inspecteur général chef de service, Christophe Bitasimwa, a présenté cette réforme comme une modernisation du contrôle des finances publiques.
Pour Jimmy Kande, directeur stratégique du réseau panafricain de lutte contre la corruption, la patrouille financière a pourtant démontré son utilité en révélant plusieurs cas de détournement et en plaçant la lutte contre la corruption au cœur du débat public. Selon lui, le principal problème ne réside pas dans la détection des fraudes, mais dans l’absence de sanctions effectives contre leurs auteurs.
Il estime que le contrôle systémique ne devrait pas remplacer la patrouille financière, mais la compléter.
« La technologie doit être au service du contrôle, pas au service de l’oubli », soutient-il, rappelant que les mécanismes de fraude en RDC demeurent souvent informels et liés à des réseaux d’influence que les outils automatisés ne peuvent pas toujours identifier.
L’expert met également en garde contre plusieurs défis liés à cette transition. Il cite notamment le faible niveau de numérisation de l’administration publique, la fragmentation des données, leur qualité parfois insuffisante ainsi que le coût élevé des infrastructures technologiques, de la cybersécurité et de la formation du personnel.
Selon lui, la réussite d’une telle réforme nécessite une stratégie globale de transformation numérique pilotée au plus haut niveau de l’État et non par une seule institution. Il prévient également contre le risque de créer une « illusion de modernité », estimant que la digitalisation ne garantit pas à elle seule la réduction de la corruption.
Pour Jimmy Kande, l’intelligence artificielle peut améliorer la détection des anomalies et accélérer les enquêtes, mais son efficacité dépendra avant tout de l’application de sanctions rapides et crédibles. « La technologie peut détecter le crime financier, mais seule la justice peut le faire reculer », conclut-il.
Divine Mbala