Dans un communiqué signé le 27 novembre parvenu à ACTUALITE.CD, l’Observatoire de la Dépense publique (ODEP) indique avoir pris connaissance de la correspondance du ministère de l’Intérieur en date du 13 novembre 2025, annonçant l’organisation d’une « mission de contrôle approfondi » de la gestion des finances de la ville de Kinshasa. Dans le même document, l’ODEP dénonce une atteinte à l’autonomie provinciale car, rappelle-t-il avec la plus grande clarté, le ministère de l’Intérieur ne dispose d’aucune compétence légale pour initier, ordonner ou conduire un contrôle administratif ou financier au sein des provinces.
« En vertu de l’article 3 de la Constitution, les provinces sont des entités décentralisées dotées de la personnalité juridique, bénéficiant d’une autonomie administrative, financière et organisationnelle.
De même, l’article 197 précise que “les entités territoriales décentralisées jouissent de la libre administration”, protégée de toute immixtion non prévue par la loi », poursuit le communiqué signé le 27 novembre 2025 par le professeur Florimond Muteba Tshitenge, président du Conseil d’administration de l’ODEP.
Et la source d’ajouter :
« Conformément au droit congolais, trois seules autorités sont habilitées à exercer un contrôle sur la gestion financière provinciale :
- La Cour des comptes : institution supérieure de contrôle, compétente pour l’audit externe, juridictionnel et financier selon les articles 178 à 180 de la Constitution.
- L’Inspection générale des Finances (IGF) : organe de contrôle administratif, uniquement lorsqu’elle est régulièrement saisie par les autorités compétentes conformément aux lois en vigueur.
- Les Assemblées provinciales : investies du contrôle politique, administratif et budgétaire sur les gouvernements provinciaux selon l’article 197 de la Constitution ».
Ainsi, tranche le PCA de l’ODEP, toute initiative de contrôle émanant du ministère de l’Intérieur en dehors de ces cadres constitutionnels constitue « une violation de l’autonomie provinciale, une immixtion illégale dans la gestion des finances locales, et un dangereux précédent pour l’État de droit et la séparation des compétences ».
Le communiqué, qui cite Montesquieu, rappelle : « C’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. »
Oui, la ville de Kinshasa se porte mal… mais le contrôle doit rester légal
L’ODEP reconnaît et partage les inquiétudes légitimes de la population quant à la gestion de la ville de Kinshasa.
« Il est indéniable que l’insécurité urbaine se renforce, la salubrité publique s’est gravement détériorée, les services publics régressent, l’administration provinciale peine à répondre aux attentes des citoyens. Ces réalités démontrent l’existence d’un problème profond de gouvernance au niveau du gouvernement provincial, et la nécessité urgente d’un audit rigoureux et indépendant. Cependant, la réponse à un dysfonctionnement ne peut jamais être l’illégalité. Un contrôle nécessaire ne devient légitime que lorsqu’il respecte la Constitution et la loi, pierre angulaire de l’État de droit. Comme le rappelait Mahatma Gandhi : “La fin est dans les moyens qu’on emploie.” », a-t-on lu.
Pour une gouvernance transparente, mais dans le respect des mandats légaux
L’ODEP exhorte donc au strict respect des compétences institutionnelles, afin d’éviter toute dérive centralisatrice ou toute instrumentalisation administrative.
Dans cet esprit, l’ODEP salue particulièrement :
- la Cour des comptes, dont le rôle demeure essentiel pour assainir la gestion provinciale ;
- l’IGF, lorsque ses interventions s’inscrivent dans le cadre légal ;
-
les Assemblées provinciales, garantes de la redevabilité politique.
Comme le soulignait Kofi Annan : « La bonne gouvernance est peut-être le facteur unique le plus important pour éradiquer la pauvreté et promouvoir le développement. »
Pour une transparence qui renforce la loi, et non qui la contourne
L’ODEP rappelle enfin :
« Toute initiative de contrôle doit viser le renforcement de l’intégrité publique, et non une extension irrégulière de compétences administratives. L’État de droit ne doit jamais être sacrifié sous prétexte de quête d’efficacité. Comme l’enseignait Nelson Mandela : un État qui respecte la loi est la garantie de la liberté. »
Bienvenu Ipan