L'ancien gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC) défend la stabilisation du franc congolais face à ceux qui la jugent «artificielle». Il s'exprimait mardi lors du Space live organisé par Stanis Bujakera Tshiamala.
Jean-Claude Masangu Mulongo a dirigé la Banque centrale du Congo pendant plus de quinze ans. Invité mardi 6 octobre du Space live de Stanis Bujakera Tshiamala, il a jugé positivement la politique monétaire de l'un de ses successeurs, l'actuel gouverneur André Wameso. Il a toutefois émis des réserves sur le chantier le plus ambitieux de la Banque centrale, la dédollarisation de l'économie congolaise.
Une inflation ramenée d'environ 20 % à 5 %
Selon Jean-Claude Masangu, André Wameso est arrivé à la tête de l'institution en 2025 avec une situation difficile : une inflation comprise entre 17 et 20 %. Un an plus tard, elle tourne autour de 5 %.
«C'est un bon travail qu'il a fait de ce côté-là», a déclaré l'ancien gouverneur.
Il a expliqué que cette baisse se répercute sur le coût du crédit. Le taux directeur de la BCC influence les taux d'intérêt des banques commerciales, qui étaient élevés lorsque l'inflation atteignait 17 %. Ces taux tournent aujourd'hui autour de 10 %, selon lui, et «devraient baisser davantage ».
«Je pense qu'il va le faire», a-t-il ajouté.
Le franc congolais passé de 2 900 à environ 2 300 pour un dollar
L'ancien patron de la BCC a aussi salué les efforts du gouverneur pour soutenir la monnaie nationale face au dollar américain. Selon ses chiffres, le dollar s'échangeait autour de 2 900 francs congolais en 2025. Il s'échange aujourd'hui entre 2 250 et 2 300 francs.
«Le franc s'est apprécié et s'est raffermi autour de ce taux-là. Il est stable», a-t-il résumé.
«Elle n'est pas artificielle»
Interrogé sur les critiques de certains économistes, qui parlent d'une stabilisation « artificielle » du franc. Jean-Claude Masangu a rejeté cette lecture.
«Elle n'est pas artificielle. Il faut faire la part des choses», a-t-il répondu.
Il a rappelé que la Banque centrale fixe les niveaux de réserves que les banques doivent détenir en devises et en francs congolais. D'après lui, les banques commerciales ne respectaient pas leurs obligations de réserves en francs congolais. André Wameso est intervenu sur ce point, et le taux de change est passé de 2 900 à 2 500 francs pour un dollar.
«Il a eu toutes les critiques du monde à ce moment-là», a reconnu l'ancien gouverneur.
Mais pour lui, la suite a donné raison à son successeur : le franc s'est encore apprécié jusqu'à environ 2 250 et se maintient autour de 2 300 « depuis presque une année ».
« La stabilité, elle est là », a-t-il insisté.
La dédollarisation, « pas une chose facile »
Jean-Claude Masangu s'est montré plus prudent sur la dédollarisation, l'une des priorités affichées de la BCC.
«Je lui souhaite beaucoup de bonne chance. Ce n'est pas une chose facile », a-t-il prévenu.
Selon lui, l'obstacle est structurel : une grande partie des comptes et des opérations de l'économie congolaise sont libellés en devises.
« La dédollarisation est un gros morceau », a-t-il insisté.
L'ancien gouverneur a rappelé qu'André Wameso a annoncé l'interdiction de l'importation de dollars en espèces à partir d'avril 2027. Pourra-t-il y parvenir ?
«C'est une bonne question pour lui», a répondu Jean-Claude Masangu. Il s'est dit confiant dans les équipes de la Banque centrale pour atteindre cet objectif.
« Il me consulte »
Jean-Claude Masangu a aussi évoqué ses relations avec l'actuel gouverneur.
«C'est quelqu'un que je rencontre, je vois. On s'entend très bien. Il me consulte», a-t-il confié. Selon lui, ce dialogue entre générations de gouverneurs est «une chose très importante dans notre métier de banquier central».