La création de zones économiques spéciales adaptées aux différentes filières de transformation des minerais constitue une solution durable pour favoriser l’industrialisation de la République démocratique du Congo (RDC), a estimé jeudi le professeur et chercheur Arthur Kaniki, de l’Université de Lubumbashi.
Il s’exprimait au cours de la deuxième journée de la 10ᵉ édition de l’Alternative Mining Indaba (AMI), organisée du 28 au 30 octobre 2026 à Lubumbashi, chef-lieu de la province du Haut-Katanga, dans le sud-est de la RDC.
Pour ce chercheur, la transformation locale des ressources minières reste confrontée à plusieurs contraintes structurelles qui rendent difficile la mise en place, à court terme, d’un écosystème industriel performant sur l’ensemble du territoire national.
« Pour moi, la solution durable, raisonnable et adaptée au contexte de la RDC, c’est la création des zones économiques spéciales. Pour le moment, il n’est pas possible de créer un écosystème sur l’ensemble du pays qui puisse être capable d’assurer la transformation locale », a expliqué Arthur Kaniki.
Selon lui, ces zones permettraient de concentrer les investissements, les infrastructures et les moyens nécessaires au développement des industries de transformation, plutôt que de disperser les efforts sur l’ensemble du territoire.
« Ce sera un silo où on doit se concentrer et mettre beaucoup d’efforts, s’assurer que là où la loi est allégée, la fiscalité également, l’électricité est fournie et les voies d’évacuation sont assurées », a-t-il indiqué, plaidant pour la mise en place d’espaces industriels plus attractifs pour les investisseurs.
Des zones adaptées aux différentes filières industrielles
Arthur Kaniki préconise une approche différenciée, fondée sur la nature des produits à transformer et les besoins spécifiques de chaque industrie. Il estime que les zones économiques spéciales devraient être conçues en fonction des filières ciblées, notamment la fabrication de câbles électriques et la production de batteries.
« On vise les câbles électriques, il faut créer une zone spécifique pour les câbles électriques. Il en faut aussi pour les batteries, donc une zone économique spéciale », a-t-il souligné.
Cette spécialisation permettrait, selon cette approche, de réunir dans un même espace les conditions nécessaires à la transformation des minerais en produits à plus forte valeur ajoutée : un cadre fiscal adapté, des facilités réglementaires, une alimentation électrique fiable et des infrastructures de transport permettant l’acheminement des matières premières et l’évacuation des produits finis.
L’objectif est de favoriser l’émergence d’industries capables de dépasser le simple stade de l’extraction et de l’exportation des minerais bruts ou faiblement transformés, afin de retenir davantage de valeur ajoutée en RDC.
La formation, un préalable à l’industrialisation
Au-delà des infrastructures et des incitations fiscales, le professeur Arthur Kaniki a insisté sur la nécessité de développer des compétences locales pour accompagner cette ambition industrielle.
Il a relevé que l’installation d’unités de transformation, même avec l’apport technologique de partenaires étrangers, ne suffira pas si le pays ne dispose pas d’une main-d’œuvre qualifiée pour assurer leur fonctionnement.
« Si une industrie de transformation est installée et qu’elle ne trouve pas de personnel qualifié, elle sera obligée de recruter les gens d’ailleurs. Et donc, il nous faut former une filière qui forme les gens sur la batterie », a-t-il expliqué.
Pour cet enseignant-chercheur, le développement de la filière des batteries doit ainsi s’accompagner de programmes de formation technique et professionnelle permettant aux Congolais d’acquérir les compétences nécessaires aux différentes étapes de la chaîne de valeur.
Il a également évoqué la possibilité pour les investisseurs étrangers, notamment américains, d’apporter des technologies susceptibles de soutenir le développement de ces industries, à condition que cet apport s’inscrive dans une stratégie de renforcement des capacités locales.
La transformation locale au cœur des enjeux miniers
La proposition d’Arthur Kaniki intervient dans un contexte où la RDC, riche en cuivre, cobalt et autres minerais stratégiques, cherche à accroître les retombées économiques de ses ressources naturelles. La transformation locale figure parmi les enjeux majeurs des discussions sur l’industrialisation, la création d’emplois, la diversification de l’économie et l’augmentation des recettes publiques.
La 10ᵉ édition de l’Alternative Mining Indaba constitue un cadre d’échanges entre les acteurs du secteur minier, les institutions publiques, les organisations de la société civile et les autres parties prenantes sur la gouvernance des ressources naturelles et les perspectives de développement du secteur extractif.
José Mukendi