Kinshasa interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt, avec un régime de dérogation qui pourrait limiter l’impact de la mesure sur Kamoa-Kakula et les flux vers la Chine

Cobalt
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PAR Deskeco - 10 aoû 2026 13:14, Dans Mines

 

La RDC interdit désormais l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. La mesure est contenue dans un arrêté interministériel daté du 29 juin 2026. Le texte, auquel Deskeco.com a eu accès, porte les signatures du ministre des Mines, Louis Kabamba Watum, du ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya, ainsi que du vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba.

Cette décision intervient alors que la RDC cherche à renforcer la transformation locale de ses ressources minières et à limiter les exportations de produits insuffisamment transformés. Mais l’impact réel de cette interdiction pourrait dépendre largement du mécanisme de dérogation prévu dans le même arrêté.

Un régime de dérogation qui pourrait déterminer l’impact réel

L’arrêté prévoit en effet la possibilité pour les exploitants miniers ou les entités de traitement de solliciter une autorisation temporaire d’exporter des produits moins transformés. Ces autorisations peuvent être demandées en raison des particularités des procédés utilisés ou encore de facteurs techniques et économiques propres aux opérations concernées.

La décision d’accorder ou non cette dérogation relève toutefois de la seule appréciation du ministre des Mines. Le texte ne fixe pas, à ce stade, de critères quantitatifs publics permettant de déterminer précisément les conditions, les volumes ou la durée des autorisations susceptibles d’être accordées.

Ainsi, selon l’analyse du dispositif, c’est davantage l’ampleur et la durée de ces dérogations que l’interdiction elle-même qui pourraient déterminer l’effet concret de la nouvelle réglementation sur les volumes de concentrés effectivement exportés.

La RDC occupe par ailleurs une position particulière sur le marché mondial du cuivre. Bien qu’elle figure parmi les principaux producteurs mondiaux, une grande partie de sa production est déjà exportée sous forme de métal raffiné plutôt que sous forme de concentré brut. Plusieurs grands opérateurs disposent en effet de capacités de fusion ou de raffinage directement sur le territoire congolais, ce qui réduit mécaniquement le nombre d’entreprises directement exposées à une interdiction visant les concentrés non traités.

Kamoa-Kakula, le principal opérateur exposé

Parmi les grands projets miniers du pays, le complexe Kamoa-Kakula apparaît comme le cas le plus particulier. Cette coentreprise réunissant le groupe canadien Ivanhoe Mines, un partenaire minier chinois et l’État congolais, demeure, selon des analystes cités dans le cadre de cette nouvelle réglementation, l’actif de grande taille le plus directement exposé.

Une part importante de sa production de cuivre a jusqu’ici quitté le site sous forme de concentré plutôt que de métal transformé. L’entrée en vigueur de l’interdiction pourrait donc affecter plus directement ses opérations d’exportation de concentrés.

La situation est toutefois appelée à évoluer avec la mise en service récente de la fonderie de Kamoa-Kakula. L’installation, conçue pour produire du cuivre blister directement sur le site minier, doit progressivement absorber une grande partie des concentrés issus de l’exploitation une fois qu’elle aura atteint son plein régime.

Ce développement pourrait réduire l’exposition du complexe à la nouvelle interdiction. Si la fonderie atteint dans les délais prévus son niveau de production, une part croissante des concentrés produits par Kamoa-Kakula sera transformée localement avant d’être expédiée sous une forme plus avancée.

À ce stade, Robert Friedland, coprésident exécutif d’Ivanhoe Mines, et Marna Cloete, directrice générale de l’entreprise, n’ont pas publiquement commenté cet arrêté, selon les informations disponibles.

Natalie Scott-Gray, analyste senior spécialisée dans les métaux chez StoneX, relève notamment la dépendance relativement limitée de la Chine aux concentrés congolais. Cette situation contraste avec le poids beaucoup plus important de la RDC dans les importations chinoises de cuivre déjà raffiné. Il faut préciser que la chine demeure le premier importateur de cuivre et cobalt congolais.

Pour la RDC, cette décision constitue ainsi un nouvel instrument destiné à favoriser la transformation locale des minerais. Mais son efficacité réelle dépendra de la manière dont elle sera appliquée sur le terrain et du nombre d’autorisations temporaires qui seront accordées aux entreprises confrontées à des contraintes techniques ou économiques.

Jean-Baptiste Leni

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