36 000 dollars américains pour un hectare de reboisement, alors que le taux réglementaire est fixé à 1 800 dollars. C’est l’un des constats relevés par la Cour des comptes dans son audit de la gestion du Fonds forestier national (FFN). Selon le rapport, certains projets ont bénéficié de financements largement supérieurs aux montants autorisés, avec un dépassement pouvant atteindre vingt fois le coût unitaire prévu.
Le cas le plus frappant concerne un projet de la Direction de reboisement et d’horticulture portant sur la célébration de la Journée nationale de l’arbre dans le Haut-Katanga, à Likasi. Pour une superficie annoncée de 5 hectares, le montant applicable au regard du taux de 1 800 dollars par hectare s’élevait à 9 000 dollars. Pourtant, 180 000 dollars ont été accordés, soit un dépassement de 171 000 dollars. Le coût rapporté à la superficie atteint ainsi 36 000 dollars par hectare.
D’autres dépassements sont également relevés par la Cour. En 2021, le projet de célébration de la Journée nationale de l’arbre dans les 18 antennes du FFN, pour 90 hectares, devait représenter 162 000 dollars selon le taux réglementaire, mais 216 000 dollars ont été accordés, soit 54 000 dollars supplémentaires. À Kinshasa/N’Sele, un autre projet de 10 hectares a bénéficié de 20 000 dollars au lieu de 18 000 dollars. En 2022, la Cour relève notamment des dépassements concernant LECOBAF, l’ONGD Monde Vert et FODANE. Au total, les dépassements recensés dans le tableau de l’audit atteignent 274 706 dollars.
Face à ces observations, l’ancien directeur général du FFN, Honoré Mulumba Kalala, a fourni des explications différentes selon les projets. Pour le cas de Likasi, il a notamment évoqué le déplacement d’une importante délégation du ministère de l’Environnement depuis Kinshasa.
Pour FODANE, il a expliqué le surcoût par l’installation d’une pépinière destinée à la distribution des plants à Kolwezi et la construction d’un puits d’eau à Mbuji-Mayi. La Cour des comptes considère toutefois que le taux réglementaire étant connu, ces dépassements constituent des avantages injustifiés et entraînent un gaspillage des ressources du FFN. Elle recommande donc le respect strict du taux de financement fixé par les textes.
Cette affaire intervient dans un contexte plus large de critiques sur la gestion des ressources du FFN. Dans son audit, la Cour des comptes relève notamment que, sur une centaine de projets financés entre 2021 et 2024 pour près de 4,96 millions de dollars, seuls trois avaient fait l’objet d’un suivi, d’un contrôle et d’une évaluation selon les éléments retenus par les auditeurs. L’institution estime que cette faiblesse du contrôle crée une incertitude sur l’exécution réelle des opérations de reboisement et risque de compromettre la reconstitution du capital forestier.
Les constats de la Cour ne se limitent pas aux dépenses. Elle relève également le financement de 111 structures jugées inéligibles, pour un montant de 3,746 millions de dollars, ainsi que des projets financés sans étude préalable des services techniques. La Cour estime que le respect des critères légaux de sélection des bénéficiaires doit être renforcé.
Dans un autre volet, l’audit met en cause la gestion globale des ressources du Fonds. Selon un article de DeskEco consacré au rapport, le FFN a enregistré 91,57 milliards de francs congolais de charges entre 2021 et 2025, mais seulement 11,06 milliards de francs congolais, soit environ 12 %, ont été consacrés aux projets de reboisement. Près de 88 % des ressources auraient ainsi été absorbées par les dépenses de personnel, de fonctionnement administratif, de prestations, de biens et d’équipements.
Jean-Baptiste Leni