Nsele-Nouvelle rocade: un conflit foncier pose la question de la protection de l'investissement et de l'autorité de l'État

Kikimi 3, Nouvelle Rocade : vue générale de la clôture détruite après les événements du 9 août 2026. Plusieurs pans de maçonnerie ont été renversés tandis que certaines assises demeurent en place.
Kikimi 3, Nouvelle Rocade : vue générale de la clôture détruite après les événements du 9 août 2026. Plusieurs pans de maçonnerie ont été renversés tandis que certaines assises demeurent en place.
PAR Deskeco - , Dans Actualités

Victime de la destruction le 9 août 2026 de plusieurs pans de la clôture de sa parcelle privée de 20 mètres sur 45 située à Kikimi 3/ Ndjili Brasserie, dans la commune de Nsele, à Kinshasa, l’acquéreur, le professeur Docteur Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto, demande que les circonstances des faits soient établies. Il s’interroge en même temps sur la présence d’hommes en uniforme lors des événements, selon que l'ont rapporté plusieurs sources locales.

Dans les nouvelles zones d’expansion de la capitale congolaise, la construction de la nouvelle rocade suscite de nouveaux investissements et contribue à la valorisation progressive du foncier. Mais à Kikimi 3, dans la commune de la N’Sele, un différend autour d’une parcelle vient poser une question plus large : comment protéger l’investissement privé lorsque des prétentions foncières concurrentes apparaissent ?

Rappel des faits

Le 9 août 2026, aux environs de 9 heures du matin, plusieurs pans de la clôture érigée autour d’un terrain de 20 mètres sur 45, soit environ 900 m², ont été détruits. La parcelle concernée avait été acquise le 20 juin 2026 par le professeur, Docteur Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto auprès de Mme Adeline Kiala. Après l’acquisition, l’acheteur avait engagé des travaux d’aménagement et de sécurisation du terrain, notamment la construction d’une clôture en maçonnerie.

Des destructions importantes

"Le constat effectué après les faits montre plusieurs portions de murs renversées. À certains endroits, des pans relativement continus de maçonnerie sont couchés au sol, les blocs demeurant encore solidaires par leurs joints de mortier. Ailleurs, les assises inférieures sont restées debout tandis que les parties supérieures ont été renversées. Des blocs cassés, fragments de mortier et gravats sont également visibles sur plusieurs sections du périmètre. L’état des lieux a été documenté par des photographies au sol. Des prises de vue aériennes réalisées par drone permettent également de conserver une vision générale de la parcelle et de l’étendue des dégâts", a-t-on renseigné.

Un différend sur l'origine de la propriété

Derrière la destruction matérielle apparaît un conflit plus ancien portant sur la propriété foncière. Selon les éléments communiqués par l’acquéreur, l’origine de ses droits remonterait à une acquisition réalisée en 2007 par François Kiala auprès de Matedi Matendo, présenté comme chef de groupement et chef de terre de Kikimi, portant initialement sur une superficie de 10 hectares. La parcelle de 20 mètres sur 45 acquise en juin 2026 se situerait dans cet ensemble foncier. Mais cette chaîne de propriété serait aujourd’hui contestée.

Selon plusieurs informations recueillies localement et rapportées par l’acquéreur, un homme désigné sous le nom de “Kadi”, présenté comme sportif, agirait au nom d’un regroupement de personnes contestant les droits revendiqués par les héritiers de François Kiala et se considérant elles-mêmes comme propriétaires des lieux. Ces affirmations constituent, à ce stade, des témoignages et informations rapportés qui demandent à être vérifiés contradictoirement auprès des personnes mises en cause et des autorités compétentes.

Des habitants craignent de témoigner

L’affaire comporte un autre élément préoccupant. Selon les informations recueillies sur place, plusieurs habitants auraient connaissance des événements du 9 août mais hésiteraient à témoigner officiellement, disant craindre d’éventuelles représailles ou les conséquences d’un témoignage dirigé contre la personne présentée comme étant à l’origine de l’intervention. Cette réticence complique nécessairement l’établissement des faits. 

Le Professeur Docteur Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto précise pour sa part qu’il n’était pas présent au moment des destructions et qu’il ne prétend donc pas avoir personnellement identifié leurs auteurs:

« J’ai acquis cette parcelle le 20 juin 2026 auprès de Mme Adeline Kiala. J’y ai ensuite engagé des travaux, notamment la construction de la clôture. Je n’ai personnellement assisté ni à l’entrée des personnes sur le terrain ni aux opérations ayant entraîné les destructions. Je demande que les faits soient établis par les autorités compétentes et que chacun puisse faire valoir ses droits par les voies prévues par la loi. »

La présence d'hommes en uniforme doit être clarifiée

Un autre aspect des témoignages recueillis mérite une attention particulière. Des sources locales affirment que des hommes présentés comme des militaires auraient accompagné l’intervention du 9 août. Selon ces mêmes sources, certains seraient "habituellement stationnés dans le secteur de l’antenne de la Société nationale d’électricité (SNEL) située à Ndjili - Brasserie". En l’état, Deskeco ne dispose pas d’éléments permettant d’établir leur identité, leur unité, leur mission exacte, l'autorité ayant ordonné leur présence ou encore de déterminer s’ils intervenaient dans le cadre d’une mission officielle. Ces questions devraient pouvoir être clarifiées par les autorités compétentes.Car si la présence d’agents des forces publiques dans le cadre d’un différend foncier privé était confirmée, il resterait à déterminer sur quelle base légale, administrative ou judiciaire ils seraient intervenus.

Une question d'État de droit

Au-delà du différend opposant des personnes revendiquant des droits sur un terrain, l’affaire de Kikimi pose ainsi une question fondamentale. Dans un État de droit, un conflit portant sur la propriété d’un bien immobilier doit-il être tranché par la destruction matérielle des constructions ou par les institutions judiciaires compétentes?

Lorsqu’une personne estime détenir un droit de propriété supérieur à celui d’un occupant ou d’un acquéreur, la voie normale consiste à produire ses titres, contester ceux de la partie adverse et saisir les autorités administratives ou judiciaires compétentes. La même exigence de clarification s’impose concernant l’intervention éventuelle d’agents publics ou de membres des forces de sécurité. La question n’est donc pas d’affirmer, avant enquête, que la force publique aurait été mise au service d’intérêts particuliers. Elle est de demander aux institutions compétentes de déterminer si des agents de l’État étaient effectivement présents, en quelle qualité, sur ordre de quelle autorité et sur la base de quelle décision.

Sécurité foncière et climat des investissements 

Cette affaire dépasse finalement les 900 m² concernés. La nouvelle rocade ouvre progressivement de nouvelles perspectives résidentielles, commerciales et économiques dans l’est de Kinshasa. Cette valorisation ne pourra produire pleinement ses effets que si elle s’accompagne d’une sécurisation des transactions foncières. Un investisseur qui achète une parcelle, engage des travaux et mobilise ses ressources, doit pouvoir connaître avec certitude la situation juridique du bien et disposer de mécanismes institutionnels efficaces lorsqu’un tiers conteste ses droits. La sécurité foncière fait partie du climat des affaires. Lorsque plusieurs personnes revendiquent un même terrain, la réponse durable ne peut être la confrontation physique. Elle réside dans la vérification des titres, la traçabilité cadastrale, l’identification de la chaîne de propriété et, en cas de désaccord persistant, l’arbitrage des juridictions compétentes. Pour le Professeur Dr. Jean-Michel Kibushi Ndjate Wooto, l’objectif déclaré aujourd’hui est que les destructions soient officiellement documentées, que les circonstances du 9 août soient établies et que les éventuelles revendications concurrentes soient examinées dans le cadre légal. Une question demeure alors au centre du dossier : qui revendique juridiquement cette parcelle, sur la base de quels titres et de quelles décisions ? Et une seconde, tout aussi importante pour l’État de droit : si la présence d’agents en uniforme lors de la destruction est confirmée, quelle autorité a ordonné leur intervention et sur quelle base légale ?

Bienvenu Ipan 

Articles similaires