La Société nationale d'électricité (Snel S.A) réclame à l'État congolais (instances institutionnelles et autres ayant-droits) une dette de 24 millions USD de consommation de l'énergie électrique en tant que client. Le Directeur général de cette entreprise du portefeuille de l'État, Teddy Lwamba, répondait aux questions des journalistes, à la faveur d'un breifing spécial organisé le jeudi 2 octobre 2026 à Kinshasa, animé avec le ministre de la Communication et des Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
"L'État a pris l'engagement de pouvoir payer 2 millions de dollars par mois à la Snel au courant de l'année 2025, seuls 930 mille dollars environ ont été payés, 24 millions attendus", a déploré le Directeur général de la Snel.
Teddy Lwamba a inscrit cette dette parmi les causes qui font que cette société ne soit pas en mesure de produire une quantité d'électricité qui puisse desservir au même moment tout le territoire national de la République démocratique du Congo.
"Aujourd'hui, toutes les instances officielles ne payent pas mais quand on observe d'autres pays à l'étranger, le Botswana par exemple, dans l'implantation de sa structure budgétaire, toutes les instances officielles ont un quota de 5% pour l'utilité publique. Ça veut dire qu'il n'y a même pas une occasion d'avoir une dette face à une société d'utilité publique.", a déclaré le numéro un de la Snel.
Réformer la loi coloniale autorisant l'État de ne pas payer ses factures de consommation
Il plaide, à cet effet, pour une réforme corrigeant cette loi coloniale applicable jusqu'à ce jour, en vertu de laquelle les instances officielles et les autres ayant-droits ne paient pas leurs factures de consommation de l'énergie électrique.
"C'est une loi coloniale autorisant les officiers belges de ne pas payer les factures d'électricité. Cette loi, applicable aujourd'hui, nécessite de la réforme", a-t-il recommandé.
Selon lui, cette réforme devra intégrer le modèle botswanais évoqué ci-haut.
"Cette réforme doit être intégrée chez nous: l'État- client ne paie pas, l'État-puissance publique ne donne pas le prix qu'il faut et puis il y a l'État actionnaire qui demande des performances à ses propres entreprises. Nous avons signé un contrat de performance avec l'État et il y a toujours l'équivalence de conciliation sur les performances attendues", a souligné Teddy Lwamba.
L'autre difficulté soulevée par la direction générale de la Snel est liée à la grille tarifaire administrée par l'État pour prévenir la grogne sociale.
"La Société nationale d'électricité est une société du portefeuille qui souffre de la trilogie relationnelle avec l'État. La Snel a l'État comme État-puissance publique qui ne veut pas des tarifs rémunérateurs, ça veut dire que les tarifs qu'on nous donne, sont ceux administrés pour éviter qu'il y ait certainement une grogne sociale. Le prix que la Snel applique, est un prix qui est très bas", a déploré la direction générale.
"Vous allez voir que la Snel aujourd'hui est à 12 cents pour sa clientèle HT (haute tension) face à une concurrence à l'importation qui a 25 cents. Et quand le même consommateur est en rupture d'énergie, il va sur le diesel où il paie 48 cents. Alors sur la basse tension, on est sur du 9,6 cents. C'est pour montrer un peu que la Snel n'a pas un vrai tarif. La vérité des prix n'est pas applicable sur la Snel", a-t-il dénoncé.
Et de poursuivre:
"Le tarif officiel reconnu est de 16 cents, mais nous y allons progressivement parce que nous devons aussi améliorer la qualité de desserte pour pouvoir appliquer des prix à cette hauteur là".
On aurait pu engranger des bénéfices si l'État payait ses 25% de consommation
Le DG Teddy Lwamba a déploré cette conséquence de l'administration des prix par l'État en ces termes :
"On aurait pu engranger des bénéfices si l'État (les instances officielles et les autres ayant-droits) qui est aussi client payait 25 % de la consommation".
Comme si cela ne suffisait pas, le Directeur général a encore expliqué :
"Alors comment on fait avec une société qui a un chiffre d'affaires dont 60% vont servir de la dette c'est-à-dire le remboursement de dettes: la dette commerciale, la dette financière. On n'a pas de dette sociale, chose à louer. Mais tout ceci consomme, et après, 25% de ce qui reste va aux charges de l'entreprise, c'est seule une marge de 15% restant qui doit servir à l'exploitation, à la maintenance mais aussi à l'investissement".
Et de s'interroger:
"C'est cet investissement qui permettra à une société où une frange de sa clientèle ne paie pas 25% à réinvestir ?".
Se référant à l'histoire de la Snel, il a rappelé que la société a constitué son capital avec des investissements massifs venus de l'État.
Corriger la trilogie de l'État
"Ce n'est pas le prélèvement de la facture chez l'abonné qui a construit Inga, c'est un investissement budgétaire aligné. Mais la volonté du législateur congolais aujourd'hui depuis 2008 a préféré changer la Snel, en faire une société commerciale. Ça veut dire que la Snel doit collecter son argent, créer un levier d'investissement par rapport aux différentiels qu'elle a gagnés. Mais quand elle (la Snel) en perd 25 % de base, c'est quoi le levier d'investissement qui viendra?", s'est-il encore interrogé.
Pour le Directeur général de la Snel,
"c'est cette trilogie de l'État qu'il faudra corriger qui donnera une cohérence des relations institutionnelles. Parce qu'aujourd'hui, nous sommes dans une incohérence relationnelle: on peut demander des choses d'une part mais pas avoir la satisfaction de l'autre part. Donc on doit résoudre cette incohérence institutionnelle".
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