Le projet hydroélectrique de Kibombo Bis, estimé à 670 millions USD selon des publications de la société civile, soulève des interrogations sur la gouvernance des partenariats de la Société nationale d’électricité (SNEL SA), notamment sur les risques de conflits d’intérêts et la transparence des engagements financiers, selon une note d’analyse du CNPAV) et Réseau Mwangaza.
La Snel SA prévoit une contribution de 110 millions USD à ce projet, aux côtés de partenaires privés, dont Twiga Power SARL, Toha Energy, AMM et EnPower. Selon des informations rapportées par INSTANTnews, Twiga Power, créée en novembre 2024, aurait obtenu une participation de 79 % dans le projet, conformément à un pacte d’actionnaires signé le 21 mai 2026.
La présence de Natacha Kisolokele Nyongo, collaboratrice du directeur général de la SNEL et présentée comme présidente du conseil d’administration de Twiga Power dans les documents du Registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM), alimente les interrogations sur d’éventuels conflits d’intérêts.
Le Président du conseil d’administration de la Snel SA, Luc Badibanga, avait sollicité des éclaircissements sur l’actionnariat de cette société dans des correspondances datées des 13 mai et 6 juillet 2026. Dans sa réponse du 12 octobre, la Direction générale a estimé qu’un conflit d’intérêts ne pouvait être établi sans preuve d’un intérêt personnel direct, sans toutefois préciser les vérifications effectuées sur l’implication de sa collaboratrice.
Au-delà de Kibombo Bis, le Réseau Mwangaza dénonce un déficit de transparence dans les importations et le négoce d’électricité, notamment à destination des industries minières du Haut-Katanga et du Lualaba. Plusieurs entreprises privées, dont EnPower, Copperbelt Energy Corporation (CEC DRC), AMM et STIMA Energy, interviennent dans ce secteur, mais les conditions financières et contractuelles de leurs opérations restent largement méconnues du public.
Le 6 octobre 2026, EnPower a notamment annoncé, avec le FIS-RDC, Gridworks et Trafigura, un projet d’interconnexion électrique entre la Zambie et Kolwezi, évalué à 300 millions USD. La participation financière du FIS-RDC n’a toutefois pas été rendue publique.
Les informations disponibles ne permettent pas non plus de déterminer précisément les volumes d’électricité importés, les prix pratiqués, les bénéficiaires effectifs des sociétés concernées ou les revenus perçus par la Snel SA pour l’utilisation de son réseau.
Face à cette opacité, le Réseau Mwangaza plaide depuis 2022 pour l’extension au secteur électrique des exigences de transparence appliquées aux industries extractives dans le cadre de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE). L’objectif est de rendre publics les contrats, l’identité des bénéficiaires effectifs et les engagements financiers liés à ces partenariats stratégiques.
Divine Mbala